Dans le Théâtre

La bâche jaunie qui forme le toit du théâtre donne l'illusion que le jour apporte une lumière chaude.

Pour moi qui ne fais pas partie du groupe de onze personnes occupées à plein temps sur le plateau, entrer dans le théâtre c'est toujours comme m'immiscer dans une atmosphère impressionnante et singulière.

 

Dès le matin, le lieu fourmille... Sur le plateau, les acrobates s'échauffent, des clowns s'étirent, font leur séance de yoga. Le tout forme une danse, comme plaquée sur une musique cacophonique. Quelqu'un s'exerce à enregistrer des chants qui créent des rythmes frénétiques. Le marin et la scénographe installent les voiles et des lanternes.

En haut des gradins, le scénario de Pétole !  est en construction : une longue série de feuilles forment un storyboard plein de notes, de petits repères visuels, de dessins. Cette trame, c'est un peu le tuteur de la journée de chacun.

 

De petits groupes s'organisent ensuite pour plus d'efficacité dans le travail des scènes et des transitions entre elles.

 

Certaines journées sont difficiles, il est laborieux de répéter les mêmes choses, de ne prendre que peu de plaisir à se conformer à une trame structurée par des éléments techniques indispensables au bon fonctionnement du spectacle. Et puis, d'autres jours, cette trame devient le support du plaisir des comédiens. Le travail avance et ça se voit. Le spectacle prend corps, la musique et la narration commencent à trouver leur cadence, les personnages s'affinent en même tant qu'on essaie des costumes.

Et lorsque la nuit tombe, les comédiens sont toujours dans le théâtre d'où des cris, des rires, des chansons fusent. La lumière se réchauffe encore un peu. La lumière précaire des petits projecteurs qui ne nous permettent que difficilement de faire de bonnes photos, de bonnes vidéos, qui ne nous laissent pas le loisir de vous laisser une trace dans ce journal aussi forte et vivante que l'expérience belle, difficile, enrichissante et confrontante que nous sommes en train de vivre.

Nous continuons d'essayer. 



On construit Pétole !

De la trame à la répétition générale... Cette semaine Charly nous raconte comment la toile prend ses dernières couleurs ! 

Patatra zou !

 

 Ça y est. Me sens finalement sortie du tunnel, celui du drame personnel. Voilà passées des semaines entières en groupe et sur le plateau, à brasser presque sans réaliser des affaires ô combien lourdes et intimes... Un simple doigt mis dans l'engrenage et tout mon corps s'en est vu pris de court. Court sur pattes petit drame et patatra. Idées reçues tombées, encore. Alléluia. Et voilà qu'aujourd'hui je me sens sortie du tunnel sans nom de mes petits bobos, réunie enfin au monde neuf d'un bateau plein de voiles qui est là et qui nous attend. Dans un capharnaüm de ficelles et de cordes, c'est toutes nos histoires qui se retrouvent joyeusement mêlées les unes aux autres. Grand tas de vies fin prêtes, presqu'alignées au bord de tous les embarcadères du monde. Ça y est, on part. Voilà nous. Ça va et vient se rassemblant, une phrase après l'autre. Une trame, deux trames, trois trames... Sans perdre un seul mouvement de vague. Sans même manquer le cœur du vent. Jamais perdre le son de l'air qui nous embarque sur son passage, celui caché derrière Pétole ! 



ça Raoule, ma poule

D'où cette idée a-t-elle surgie ? Une poule ? Une poule que l'on pourrait dresser pour faire partie de Pétole !, que l'on transporterait avec nous sur les routes du Vietnam, du Laos et du Cambodge. Une poule qui vivrait avec nous comme un dix-huitième membre de l'équipage ! L'idée a franchement séduit une partie de la troupe, alors lorsque l'on a croisé la route de Raoule, on l'a adoptée.

 

Le jour où nous sommes tous allés monter la structure à la « marina », un petit groupe s'est occupé de la choisir parmi tous les poussins présents, un qui ne soit ni trop petit, ni trop vieux... et on l'a ramenée avec nous sur le bateau de La Vie Vu Linh.

 

Maintenant, Raoule est bien installée sur notre terrasse avec vue sur le lac. On s'accommode de ses roucoulements et certains l'accueillent dans leurs bras, le soir, pour lui donner un peu de la chaleur qu'elle semble réclamer...

Et puis, surtout, le dressage a commencé, nous espérons bientôt pouvoir vous en montrer les fruits ! 

Manon et Raoule, la première rencontre, à la "Marina" 



La  structure  aérienne  :  épisode  3

"Le souvenir de vous ne prennent pas d'argent"

Pour préparer la création du spectacle, il a fallu commencer la réflexion autour de certains aspects techniques bien avant le départ pour le Vietnam. Jules s'est alors lancé dans la conception d'une structure permettant d'utiliser les trois agrès aériens des acrobates de l'aventure : le mât chinois de Solène, le tissu aérien de Soline et la corde lisse d'Olivia.

 

Il a tout imaginé : structure en bambou, en métal, il a fait des tests dans son jardin. Finalement, il a conçue une structure, préparé des fiches et des dessins techniques pour une construction au Vietnam, avant l'arrivée de la troupe. Cette solution est tombée à l'eau et en arrivant à Hanoï... il allait devoir s'attaquer lui même à la réalisation de cette fameuse structure. 

 

Mercredi 29 novembre 2017

A l'arrivée à Hanoï, Solène, Tom et Jules se lancent donc dans les rues noires de la ville pour chercher les éléments indispensables à la réalisation de la structure. Mais, pour l'instant, impossible de trouver les tubes métalliques, matériel primordial pour commencer à construire le colosse...

Une fois installés à La Vie Vu Linh, Jules, Tom, Pauline et Solène entament un brain storming de longue haleine qui viendra bousculer tous les plans. On part sur une bête à trois pieds, puis finalement à deux pieds. Ce qui, nous en aurons la certitude bien plus tard, lors du premier montage, donnera une allure de bateau à la structure.

 

Du 5 au 8 décembre 2017

Rapidement, il devient nécessaire de retourner à Hanoï pour faire de nombreux achats. Tom et Jules partent donc plusieurs jours à la recherche de matériaux et d'outils. Grace à notre ami Lolo Zazar, ils sont informés de l'existence d'une "rue de la ferraille". Ils remontent cette rue en repérant chacune des échoppes dans lesquelles ils pourront trouver de quoi barrer des lignes sur leur longue liste, ils font une pause pour déjeuner et redescendent la rue en faisant leurs achats : négociant les prix au kilo ou au mètre, chargeant tout cela sur leurs épaules.

En rentrant, la priorité est mise sur l'assemblage, la fixation et la pose de la gaine du mât chinois. L'agrès de Solène est le seul qui dépende exclusivement de la réalisation de la structure. La corde et le tissu peuvent être fixés aux poutres du théâtre en attendant. 

 

Mercredi 13 décembre

La pose de la gaine est bien plus compliquée et laborieuse que prévue. Une technique s'impose pour facilité l'enfilage : utiliser un compresseur grâce auquel de l'air viendra se faufiler entre la gaine et la barre de métal. Jules et Tom partent en vélo et rapportent un lourd compresseur sur leur porte bagage... Il manque de puissance et puis rapidement, il sent le chaud. Et il fait des étincelles.

Alors, c'est tout un petit groupe qui part chez le garage de Vu Linh, avec le mat et la gaine. Ils veulent utiliser un compresseur plus puissant. Et finalement la gaine est à peu près enfilée. Lorsque le mat chinois est enfin dressé au théâtre, Solène doit accepter qu'il manque un morceau de gaine au milieu du mât. On part à la recherche d'une chambre à air pour faire une rustine et Solène adapte sa pratique à cette contrainte...

 

Vendredi 15 décembre
La construction du reste de la structure peut reprendre. C'est une énorme charge de travail qui pèse sur les bras de Jules et Tom, mais le fait d'être deux, parfois trois lorsque Pauline peut prêter main forte, permet d'accélérer nettement la cadence. 

Un petit atelier est improvisé : des bâches viennent délimiter un espace autour du matériel et protègent nos yeux des étincelles produites par la disqueuse et le poste à souder.

Mais les mésaventures ne sont pas terminées...

A La Vie Vu Linh, l'installation électrique n'est pas capable de supporter la charge nécessaire à ces outils. Il faut donc allumer le bruyant groupe électrogène. Seulement ce monstre noir, fumant et hors d'âge est loin d'être en bon état. En une semaine il lâche deux fois ! Alors au retour d'un nouveau voyage à Hanoï, Jules et Tom partent s'installer dans un chantier naval où l'électricité pourra fonctionner sans coupure. Cette nouvelle installation demande de se lever tôt et de passer la journée loin du groupe, de faire une demie-heure de vélo et de passer le bac-radeau de plus en plus instable...

Ce lieu, on l'appelle aussi bien le chantier (naval) que la Marina. Ça sonne exotique et chic... c'est un peu décalé. Mais les garçons y sont bien accueillis et c'est un vrai soulagement de pouvoir travailler de façon autonome et continue. Des problèmes de santé envoient Tom à Hanoi plusieurs jours et Guillaume, qui est venu prêter main forte au projet, offre alors son aide à Jules.

 

Du 22  au 24 janvier

Enfin, toute l'équipe se rassemble, à la Marina, autour de la structure pour le premier montage. C'est d'abord un moment de joie où le groupe se retrouve autour d'une activité collective, après avoir partagé un phô (bouillon vietnamien) sur la route. Et puis c'est aussi un moment de fierté : voir enfin la structure montée sur ses deux pieds !

Après quelques ajustement sur la stabilité, la reprise des forces... deux jours plus tard, l'équipe part à la Marina dans le bateau conduit par Jules. C'est le moment d'aller tester, démonter et ramener la structure. Les filles sont montée sur leurs agrès et la structure tient bon, ferme, droit. Tout le monde est rassuré : les acrobates et les constructeurs.

 

En quittant la Marina, Jules et Tom tiennent a payer leurs dettes et se mettent à communiquer grâce à un traducteur sur leur téléphone avec les travailleurs qui ont partagé les lieux pendant plusieurs jours. Ils leur proposent un peu d'argent pour les dédommager. Voilà ce qu'il leur a été répondu : " Le souvenir de vous ne prennent pas d'argent." 

 

Enfin, avant les inévitables derniers réglages esthétiques qui attendront la fin de la résidence à La Vie Vu Linh, la structure est montée dans le théâtre, elle va enfin prendre son rôle dans Pétole !




Cap sur Pétole !

La rubrique "cap sur Pétole !" a pour objectif de vous partager nos réflexions sur ce sujet. Voici le texte que le titre et la thématique de notre spectacle ont inspiré à Silvann.

Nous vous avions rapidement présenté ce visiteur chaleureux, efficace et bienveillant dans l'Asie Hebdo n°7 et pour avoir un aperçu de son travail personnel, rendez-vous sur son site : manegeaplumes.com


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Be Clown Asie Hebdo n°9
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