Pétole ời !

i, est une interjection vietnamienne qui sert à interpeler les gens.

 

Il y a des semaines comme ça, où tout semble rouler.

On a déménagé à quelques minutes de marche de La Vie Vu Linh, chez monsieur Dang. Ça paraît dérisoire comme ça, après tous les kilomètres que l'on a parcouru pour arriver jusqu'ici, mais, en fait, ça nous a fait l'effet d'un grand changement. Un bol d'air frais !

Joyeusement, les rires de Dien, le fils de monsieur Dang, ont empli chaque après-midi de légèreté et de familiarité. Dien i ! Leï 

 

En chemin

Et chaque jour, pour aller au théâtre : les palmiers, les collines d'eucalyptus couvertes de branchages, la forêt, le pont de fortune qu'on a déjà commencé à casser, le petit monticule de terre glissante qui sépare deux rizières, la pente extra-raide qui nous fait arriver au dessus du théâtre en nous offrant un point de vue privilégié sur les dégâts du toit.

Et puis finalement arriver et se mettre au travail.

 

Prendre corps

La semaine a été marquée par l'apparition des personnages du spectacle. On voit des scènes claires qui commencent même à être répétées. Pétole ! prend corps dans le corps des artistes au plateau. Et il y a aussi l'espoir de voir la structure aérienne se dresser, enfin, sur ses deux pattes... promesse d'un nouveau changement que tous ont hâte de goûter !

 

 

La structure Aérienne : épisode 2

La structure s'est dérobée à nos regards... les pannes à répétition du  générateur à La Vie Vu Linh ont ralenti le rythme de nos deux travailleurs, Jules et Tom, jouant sans ménagement avec leurs nerfs !

 

Alors ils ont déménagé la structure chez un fabriquant de... bateaux à quelques kilomètres de La Vie. Ils se lèvent tôt, enfourchent leurs vélos et passent la journée à travailler sur la structure. Ils rentrent le soir pour dîner avec nous et quand c'est possible pour voir les présentations du travail de chacun. Quand on peut, on va déjeuner avec eux le midi ou on passe leur donner le peu de soutien qu'on est en mesure de leur apporter. 



Allez Hop! On déménage !

Lundi 15 janvier, une flopée de jeunes ados a pris possession de la Vie Vu Linh. Nous nous y préparions depuis plusieurs semaines mais ici, la notion du temps ne ressemble plus à grand chose et nous nous faisons donc légèrement surprendre.

Heureusement qu'une équipe de choc avait prévu le coup en amont et mis en place une organisation du tonnerre pour que tout le déménagement soit fait dans l'efficacité et la bonne humeur générale.

Avertis d'un planning bien solide, nous avons commencé à faire le vide.

 

Etrange sentiment que de faire place nette dans ce lieu dans lequel nous vivons depuis maintenant six semaines.

Etrange sentiment que d'anticiper notre vrai départ prévu pour le 15 février.

Etrange sentiment que de devoir disparaître aux yeux du lieu qui nous accueille depuis notre arrivée au Vietnam.

 

Mais évidemment nous ne sommes pas là pour côtoyer la sédentarité et rapidement nous trouvons un côté excitant à devoir investir un nouvel endroit le temps d'une semaine.

Le théâtre est transformé, l'équipe cocooning déplace canapés, tables, chaises et déco. Tout ce qu'il faut pour retrouver notre confort.

L'équipe ménage s'arme de gants et de balais pour nettoyer l'espace.

Bref, chacun s'attèle à la tache et petit à petit notre lieu de vie se voit vidé.

 

A 8h, le lendemain, nous sommes fin prêts, des personnes de la Vie Vu Linh viennent chercher notre monceau d'affaires avec leur camion et les emmènent en direction de notre nouveau chez nous, dans la famille de monsieur Dang.

 

Pour la première fois depuis que nous sommes ici, notre lieu de travail et notre lieu de vie seront séparés. Pas de grand chose, mais suffisamment pour nous donner une nouvelle respiration. Un nouveau planning de travail émerge, avec pour chacun, des temps bien précis de présence au plateau.

 

Pour nous rendre au théâtre nous devrons traverser la forêt qui entoure Vu Linh. Sophie et Guillaume nous installent des petites balises orange fluo qui nous permettent de nous repérer. Attention à la traversée des rizières sur le pont de bambous instable, attention à la descente gadouilleuse, attention aux eucalyptus fraichement coupés qui dressent des pièges sous les feuilles mortes...

Le chemin n'est certainement pas des plus simples et chaque fois que nous devons rejoindre notre théâtre nous nous sentons un peu aventuriers !

 

Solène 

Chez Monsieur Dang

(Dang, ici, se prononce Zang.)

 

C’est un grand bol d’air et de changement que de venir dans ce nouveau lieu et accueillir de nouvelles sensations.

Un « Homestay » qui porte bien son nom car nous y sommes bel et bien comme à la maison et cela apporte une autre couleur à nos journées. Nous vivons réellement avec cette famille, composée de Dang, son épouse, Ben et ses deux enfants Dien et Leï. Ils vivent au milieu de nous ou plutôt nous vivons au milieu d’eux. Et c'est très agréable de voir qu'ils s'intéressent à ce que nous faisons. Ils regardent notre installation de couture, de création de décors, de voiles et autres poissons masqués...

Dang est aussi calme que la nature qui l’entoure. Il aime sa maison et sa tranquillité. Après quelques années passées à Hanoï pour apprendre le français, il est content de revenir à ses terres, loin du bruit et de l’agitation. Ses deux enfants, débordant d'énergie, égaillent nos oreilles de leurs rires et de leur présence joyeuse.

A seule fin de régaler nos papilles, dès le premier soir, Dang est parti poser des filets pour agrémenter notre dîner de quelques poissons. Il met en branle son bateau, ramant avec ses pieds, comme c'est la coutume ici. Ses rames, comme les hélices d'un bateau de Myazaki, propulse l'embarcation à toute vitesse !

Quelques heures plus tard, je l'accompagne pour lever ses filets, en pleine nuit. Ambiance poétique et enchanteresse de ce déplacement furtif au milieu d’une nature en attente du prochain lever de soleil.

Ben et Dang nous régalent chaque soir de merveilleux plats vietnamiens, tous aussi bons les uns que les autres. Une multitude de couleurs et de saveurs nous embrasent autour de cette table placée au bord du lac.

Sa maison est entourée d'un terrain, agrémenté de quelques arbres fruitiers et de rizières, sur lequel vivent un cochon et ses petits et quelques poules. Il vit simplement et n’en veut pas plus.

Profitant de ce lieu magique, habité par une famille accueillante et respectueuse de son environnement, me vient l’idée de la plantation de nos arbres. Rappelez-vous : grâce à nos contributeurs nous allons planter des arbres dans cette région où la monoculture d'eucalyptus prédomine, certains agrémenteront La Vie Vu Linh, mais nous sommes également certains que Dang en fera bel usage !

 

Sophie



Le processus de création

Cette semaine, quand on regarde en direction du spectacle Pétole ! on commence à distinguer des silhouettes sur le pont du navire. Les personnages émergent, comme sortant de l'eau.

Charly vous parle du travail qui a mené à la naissance de ces clowns et de ce qui va suivre.

 

Bon visionnage. 

En avant toute

Tous pour un, un pour tous

Après six semaines d’accompagnement autour de l’exploration individuelle, chaque clown a pu faire émerger son univers, son caractère, ses envies, ses colères, ses peines, ses folies… Le temps est à présent à l’écriture de son propre scénario afin de l’intégrer à Pétole !. Un challenge de taille qui en bloque plus d’un, la tergiversation est au régime général… Comment traduire, seul, son propre drame dans une histoire au service du spectacle global ? C’est alors que la forme de la démarche s’est imposée à nous, un soir : c’est l’intelligence et l’inspiration du groupe qui fera émerger une proposition d’histoire pour chaque clown. Nous nous réunissons en un petit comité de sept personnes tournantes, et écoutons pendant cinq minutes le drame de la personne concernée, ses obstacles, ses ressources, là où elle en est dans son travail, et ses envies. À partir de là, cette personne nous quitte et pendant vint-cinq minutes, les idées fusent et l’inspiration nous anime. Sept personnes au service d’une seule, dans son drame et son histoire, pour la mettre en valeur au sein du collectif. La magie s’invite au processus et opère à chaque fois ! C’est absolument grisant de prendre part à cette expérience, comme si l’histoire de la personne était déjà en lévitation quelque part au dessus de nous, et qu’à la force des sept, des fils en sont tirés et tissés par l’intelligence collective, exprimés en mots. À la fin du processus, le scénario est là, proposé à la personne qui a le choix de l’accepter, de s’en inspirer ou de le refuser. Jusqu’à présent, chaque proposition a été acceptée avec précaution et délicatesse, parfois même avec quelques interrogations. Comme si l’inspiration vivante et enthousiasmante avait été offerte aux sept afin qu’ils puissent la faire naître, et que la personne qui en réceptionne le fruit, son histoire, a besoin de plus de retenue et de temps d’intégration. Une intégration qui s’est manifestée par une extrême fatigue et une sieste généralisée pour clôturer le processus.

Soline

Quand tu fais la boum

Pendant une boum le comédien devient clown. Musique tonitruante, costumes enfilés à la volée, maquillage plaqué sur la peau comme une ultime métamorphose. La boum est le lieu de toutes les expérimentations dans le corps du clown. 



Nos visiteurs

Mais à qui sont ces rires, ces ronflements et ces vêtements qu'on ne connait pas ? Deux nouveaux venus, et c'est notre quotidien qui change par petites touches : il y a des nouveaux clowns sur le plateau, il y a des mains en plus dans la cuisine, il y a du thym dans nos pommes de terre. 

 

Présentations par Pauline

Les ateliers de cirque

changement de cap


Silvann

Silvann, marionnettiste et tourneur de manèges, avait prévu de passer des vacances au Vietnam quand il a eu vent de notre projet grâce au financement participatif. Ni une, ni deux, il rejoint l'aventure pour quelques semaines, devenant le partenaire de Pauline pour la création des costumes et le baptême de la nouvelle machine à coudre. A ses moments perdus il devient traducteur, clown, metteur en scène, cuisinier,  au gré des besoins. 

Guillaume

Guillaume, circassien funambule, devait être un des clowns du projet. Ça n'a finalement pas été possible, mais il nous offre tout de même une visite de trois semaines. En pleine période création il est sur tous les fronts ; comme regard extérieur, comme rembourreur de peluche de sardine, comme soudeur de l'extrême, comme cuisinier, comme partenaire de jeu, comme interlocuteur-créateur, comme animateur pour les ateliers de cirque du dimanche. 

L’idée de la semaine est de faire une sortie sur les chemins en direction du village, sac au dos et matériel dedans, on part à la rencontre des enfants. L’idée m’enchante beaucoup plus que d’attendre leur venue incertaine au théâtre.

Klaxon à la main, on sonne la reconnaissance de notre troupe de troubadours heureux. Pas besoin d’aller très loin, les enfants de la première maison nous ont stoppé, eux que l’on a croisé si souvent lors de nos escapades ou de nos marches méditatives.

L’idée de départ, qui est la rencontre et le partage, prend tout son sens et c'est un plaisir sans précédent que d’aller vers ceux qui peuplent notre univers.

Nous prenons le temps, dans l’instant, avec ceux qui habitent aux alentours. Voilà une perspective joyeuse qui s'inscrit dans les habitudes de vie d’ici !

Sophie



Pauline  et  sa  machine  à  coudre

Cette semaine, les personnages émergent, on rencontre les clowns de Pétole !, Pauline, qui crée les costumes, participe à leur apparition.

 

Pauline est notre scénographe. Costumière. Accessoiriste. Elle porte très bien les casquettes.
Elle a souvent le nez penché sur un carnet, la main attachée à un pinceau ou à un petit feutre noir. Depuis le début, elle traîne dans le petit théâtre, elle griffonne, elle interroge les artistes au plateau, écoute attentivement leurs histoires, prend en compte les contraintes techniques de leur pratique circassienne ou de la personnalité de leur clown.

 

C'est la première fois qu'elle travaille comme ça : onze comédiens, dont certains ont jusqu'à trois costumes, sans couturière, sans magasin de tissus à moins de quatre heures de bus et avec des préoccupations comme « Est-ce que j'aurais une table sur laquelle poser ma machine ? Est-ce que j'aurais une machine à coudre ? Et cette aiguille cassée, je dois aller jusqu'à Hanoï pour la remplacer ? »

Mais c'est un défi, écouter les petites fantaisies de chacun et faire naître, sous de hautes voilures, des matelots, un poisson, une sirène, un marquis, une femme-déchet-aquatique... et une ribambelle d'étoiles de mer, des dizaines et des dizaines de sardines !

Pour les dernières, on a vu naître une petite usine où les sardines apparaissent à la chaine : dessin, découpe, couture, retournement, rembourrage, points invisible, dessin, découpe...

 

Ces accessoires viennent s'ajouter à ceux, achetés à Vu Linh ou à Hanoï, qu'elle a mis dans les mains des clowns dès le premier jour : des filets de pêches, des paniers à crevettes, une bouée rigide...

 

Ce weekend, au programme, avec Silvann et Adélaïde, un petit tour à Hanoï pour aller trouver des éléments de costume et du tissus !

 

Depuis qu'il est arrivé, Silvann est d'un grand soutien pour Pauline, dont la charge de travail ne fait qu'augmenter ! Interlocuteur privilégié, il apporte son expérience et un regard neuf sur le projet. Un vent frais est bienvenu, surtout lorsqu'on parle de pétole !

Adélaïde 

Pauline et Silvann dans leur atelier installé chez M. Dang. 

Savants calculs des dimensions des voiles... 




Cap sur Pétole !

Le 3ème Paradis

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Be Clown Asie Hebdo n°7
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