Tous dans le même bateau

 

Une image floue et énigmatique de Pétole ! commence à prendre corps dans le petit théâtre. Depuis la pente raide des gradins on a vu, chaque soir, sur quel terrain commun avançaient les clowns, nos clowns.

 

Sur le plateau, sur le pont

Ils sont arrivés dans le projet de Be Clown en Asie avec des pratiques du clown très différentes : comme les matériaux plus ou moins bruts d'une sculpture en devenir. Ils sont façonnés par le processus de création proposé par Charly, l'accompagnement de Zineb, par Pétole !, par l'Asie... Parfois, le façonnage se heurte à la matière, on ne sculpte pas la glaise, le bois, la pierre de la même manière.

Mais dans la chaleur (symbolique) du théâtre de bambous, les clowns prennent tous la même direction et l'embarcation s'élance cahin-caha.

 

Vie quotidienne

Ces incroyables avancées, dont l'équipe artistique peut être fière, ont creusé l'écart avec l'équipe hors-plateau cantonnée à des rôles bordés de cadres bien différents : s'adapter au planning de l'autre équipe, faire la cuisine midi et soir, continuer à assumer les engagements relatifs à leurs rôles individuels et parfois solitaires – non sans brasser elle aussi les émotions travaillées plus intensément sur scène.

 

Anna, du Jardin Du Nous, est apparue à ce moment crucial ou tensions, fatigue et incompréhension commençaient à devenir tangibles. Elle a apporté un éclairage sur la structure de gouvernance partagée mise en place par Charly et Soline, en amont de notre arrivée.

Son regard à permis à l'équipe de mesurer l'importance de ce travail, d'y voir plus clair, de mettre à plat le schéma proposé pour l'adapter encore plus finement à la réalité du projet et puis, tout simplement, à nous écouter – nous-même et les autres.

 

Respiration

Enfin, comme une cerise posée au sommet de ce démêlage, nous avons pris un petit week-end ! Un jour et demi où le groupe, divisé en trois, a pris l'air ou simplement le temps du calme. Comme pour profiter de l'absence de vent avant de déployer des montagnes d'efforts pour avancer tous ensemble.


Adélaïde 

La Maladie du U

 

Penser un processus de création de manière organique emmène presque fatalement vers une forme de U avec un passage au milieu du chemin par une étape qu’on pourrait appeler la « maladie » ou le « chaos ». C’est donc un signe de « bonne santé » du processus de création que de tomber malade en milieu de chemin et, notre groupe n’a pas échappé à la règle ! C’est à travers l’équilibre entre les 2 pôles que sont l’équipe « plateau » et l’équipe « technique » que notre maladie s’est manifestée, et est venue à la rencontre de notre groupe de 17.

 

D’un côté l’équipe « plateau » reçoit beaucoup d’attention par l’accompagnement artistique individualisé mis en place pour chacun, et des passages par des émotions fortes et nourrissantes.

 

De l’autre, dans l’équipe « technique » une tendance à ne pas se sentir suffisamment pris en compte, une résistance à faire parfois plus la cuisine que les autres et certaines envies non comblées d’intégrer l’équipe du « plateau » pour toucher au « clown ». Cette maladie devient rapidement contagieuse, par la tension dans le quotidien qui se crée, et la « culpabilité » naissante chez des membres de l’équipe « plateau ».

 

Une image s’est présentée à ce moment, après avoir fait un cercle collectif, celle d’un enfantement, qu’on pourrait voir comme la création suprême, et de la nécessité d’une mère et d’un père pour créer un nouvel être. Et ce déséquilibre qui va avec… Nécessairement, la création se fait dans le ventre maternel, et la mère devient de plus en plus exigeante avec des besoins inattendus, avec des urgences. Le père, dans son cas, est spectateur, accompagnateur de cette création extérieure à ses entrailles, et le meilleur rôle auquel il peut s’adonner, se limite à se mettre au service de la mère.

 

C'est aussi un peu comme ça pour notre spectacle, et depuis ce passage et quelques ajustements, tout le groupe semble soigné, apaisé, et le travail n'a jamais été aussi intense, intime, dans cette nouvelle dynamique collective rafraichissante. 

 

Charly



La  Gouvernance  partagée

 

Passer de 2 à 17, c’est pas simple ! C’était le challenge de Charly et Soline, sous l’égide de la gouvernance partagée. Vous pourrez lire une courte interview d'Anna du Jardin du Nous, en soutenance dans ce projet depuis sa création depuis la France mais aussi les témoignages de Soline et de Sophie. 

Témoignages



Lorsque j’ai eu connaissance du projet, le fait de fonctionner en gouvernance partagée m’a tout de suite séduite et avait beaucoup de sens. Cela a augmenté mon envie de faire partie de cette aventure en imaginant des personnes dans le même élan de vie que moi.

Pour moi la gouvernance partagée c’est un système de gestion où chacun a sa place et où les décisions se prennent à plusieurs endroits, et qui met en valeur les compétences de chacun, les envies, les possibilités, les limites aussi. Nous y sommes tous autonomes et responsables. On parle souvent de souveraineté et c’est ce qui à mon sens devrait être enseigné à chaque individu. C’est un système évolutif qui s’appuie sur nos erreurs, nos tensions, nos besoins pour avancer. Les choses se mettent en place petit à petit et sur la base de la bienveillance et le respect de chacun. Et finalement le haut de la pyramide c’est la raison d’être du projet. Ce qui nous dirige c’est le but commun. Nous allons tous ensemble vers un même objectif : la création du spectacle « Pétole ! » et sa diffusion en vélo à travers le Laos, Cambodge et Vietnam.

Sophie

Nos visiteurs : Anna

Interview d'Anna par Sophie 

Anna pourquoi tu es venue ?

Le projet Be Clown pour moi c’est une histoire de synchronicité. C’est d’abord l’idée d’un voyage au Vietnam, cet hiver, pour aller voir un ami, mais aussi un premier pas vers Be Clown, en m’engageant dans le « Jardin du Nous Be Clown », proposé par l’Université du nous, et enfin un projet en gouvernance partagée, ce mode de faire ensemble que j’affectionne tout particulièrement. C’était donc tout naturel pour moi de venir partager un moment avec vous, partager un petit bout de votre aventure. Ce que je ne mesurais pas avant d’arriver c’est à quel point cela fera sens pour moi ! J’ai pu prendre part à votre aventure en vous apportant mes connaissances en gouvernance partagée avec un regard extérieur et neuf, faciliter des espaces de réunion pour vous permettre d’expérimenter des nouveaux modes de « faire ensemble », mais aussi être à la disposition de chacun pour prendre soin des histoires singulières, dans la grande histoire des Be Clowns. Ce qui est sûr, c’est qu’ici, ce n’est pas Pétole ! 

 

Qu’est-ce que tu as vu quand tu es arrivée, qu’est ce qui était déjà en place de cette gouvernance partagée ?

Ce que j’ai vu en arrivant ici c’est qu'un gros travail avait déjà été fait, qu’il avait déjà commencé en France. Vous aviez posé des rôles pour chacun, avec leurs raisons d’être et leurs responsabilités. C’est une base de la gouvernance partagée, chacun peut énergétiser son rôle pour contribuer à la raison d’être du projet. Il y avait aussi un début de structuration de ces rôles avec un cercle de pilotage déjà en place avec Soline, Charly et François qui était en train de s’étoffer en intégrant deux nouvelles personnes : Juliette et Reno. Un point d’appui pour pouvoir fonctionner différemment. Ensemble, on a pu aller plus loin : structurer de nouveaux cercles qui vont alimenter ce cercle pilotage, mais aussi pouvoir avancer plus vite sans repasser par le grand groupe. En s’appuyant sur ce qui était vivant, 4 cercles ont été définis : le « cercle plateau » en charge de la création, le « cercle com’ »  qui regroupe tous les rôles permettant de valoriser et diffuser ce qui se passe ici, le "cercle itinéraire" qui prépare le trajet en itinérance une fois la création achevée, le cercle « c’est la vie » qui propose l’organisation nécessaire à une vie quotidienne au service du projet, et enfin, un cercle « formation et atelier de cirque » qui propose des ateliers pour les enfants des villages mais aussi les lycées, écoles etc... mais peut-être que ces différents cercles se présenteront dans les prochains journaux ! 

 

Structurer en cercle, les différents rôles qui s’entremêlaient a permis de mettre de la clarté, de focaliser de l’énergie sur des objets de travail commun, identifier des rôles qui manquaient, identifier des rôles pouvant être répartis différemment, … C’est chouette parce que je suis arrivée à un moment où tout était déjà prêt pour que cela puisse se faire. Une grande écoute du groupe a permis d’échanger sur les modes de fonctionnement que cela impliquait, les difficultés rencontrées et les prochains pas à faire pour le groupe, pour les cercles, pour chacun.



Processus  de  création

Cette semaine, c'est en vidéo que Charly vous parle du processus de création.
Cette semaine, les artistes continuent à dérouler leur travail sur le drame.

Cette semaine, au plateau, ils étaient 12, car Pauline la scénographe les a rejoints dans le processus de création.

Cette semaine, de mardi à vendredi, ils ont présenté chaque soir un travail personnel en prenant en compte leur travail sur le drame, le thème de la navigation et l'absence de parole.

 

Le drame

On a commencé mercredi par trois peintures libres, en ayant comme simple indication : faire des formes amples et choisir des couleurs qui nous appellent, remplir au maximum le papier, s'exprimer pleinement. De là, des souvenirs, des questionnements, des émotions remontent au fur et à mesure du lâcher prise. À chaque peinture une question doit ressortir.

Donc après ces peintures, nous nous sommes retrouvés avec trois questions. Qu'elles aient un lien ou non entre elles. Puis de ces trois questions on devait en trouver une qui résumerait plus précisément les précédentes, ou prendre celle qui est le plus présente aujourd'hui dans notre vie, notre question profonde en nous. Nous avons parlé entre nous de ces questions à la fin de l'atelier en petit groupe de trois ou quatre personnes pour voir comment cela résonne en nous et avec les autres. C'est très nourrissant de partager, on se rend compte que nous sommes traversés par les mêmes thématiques mais toujours de façon différente.

Jeudi nous sommes allés nous balader en conscience, seuls avec chacun sa question. Des consignes bien précises : retracer dans le temps les souvenirs liés à la question. En partant de maintenant et retourner dans l'enfance. Puis faire le chemin retour avec le regard de l'enfant. En revenant, nous avons fait une courbe pour marquer tous nos souvenirs en les datant dans le temps.

Vendredi nous nous sommes fait accompagner par Charly ou par Philippe pour travailler sur trois de ces souvenirs les plus présents pour nous.

Pour ma part, j'ai travaillé sur un souvenir avec Philippe en parlant d'abord avec une vision objective puis avec ma vision personnelle en intégrant mes émotions. Ainsi, on a vu comment je réagissais face à la situation, en notant les obstacles et les ressources en moi.
Lundi, nous avons repris le travail de la semaine précédente. J'ai travaillé sur les deux autres souvenirs en réfléchissant à mes obstacles et mes ressources dans ces souvenirs. Puis Zineb m'a aidé à écrire, avec ces obstacles et ressources, des idées, des images, des bouts de scénarios pour construire avec cela les scénarios pour la création des représentations de la semaine qui sera en relation avec la création du spectacle.

Donc, mardi nous avons commencé la première création en intégrant des thématiques sur notre drame. Puis pareil pour mercredi et jeudi ! Vendredi on fait notre dernière représentation en reprenant ce qui est le plus vivant pour nous de ces trois créations de la semaine. J'attends avec impatience le rendu de cette semaine pleine d'émotion, de vulnérabilité, de création nourricière de l'univers imaginaire de la mer...

Myriam



Atelier Cirque

Après le repos d’un week-end, celui des festivités du 31, c’est le 4ème atelier qui se prépare. Avec Myriam, nous nous sommes penchées sur une carte d’invitation en Vietnamien, transformée en panneau pour prévenir de la régularité de ces ateliers qui jusque là ne semble pas évidente. Encore une fois nous nous réunissons pour élaborer un cadre de travail permettant d’instaurer des jeux collaboratifs et créer une connexion entre nous.

Je me réveille avec le son de la pluie dans les oreilles d’une belle nuit calme dans un dortoir presque vide. Je me lève confiante et pleine d’entrain. Plus j’avance dans la préparation de mon petit déjeuner et plus je réalise que les enfants ne vont pas se déplacer jusqu’à nous sous ce torrent d’eau et sur les chemin boueux devenus sûrement impraticables. Moi-même je peine à descendre au théâtre pour la préparation de l’espace ! Je décide d’aller prendre la température vers le staff de la Vie qui me confirme ce que je pensais déjà. Bon, et bien prenons ce qui est là et nous partons, une fois de plus, avec Reno, mettre en sécurité et hors eau le matériel qui nous est cher dans ce théâtre au toit incertain.

 

Un atelier plutôt vite fait ! La semaine prochaine nous accueillons Sylvann et Guillaume, venus de France pour participer à leur manière à ce projet et qui m’accompagneront sur les ateliers. Je me réjouis de redonner du souffle à ces moments de partage et de lien avec la population locale.

Sophie

Week-end  de  césure

... à la campagne

Je reviens de notre premier week-end "évasion" : un jour et demi en dehors de la Vie Vu Linh, à 3h de route d'ici. 

A 3h d'ici, la montagne est belle et ne saigne pas. Elle est toute poilue d'arbres sauvages qui ne seront pas coupés pour faire des volets et même qu'on peut imaginer des koalas grignoter les feuilles de bambous alors qu'il n'y a pas de koala au Vietnam.

On pouvait aussi imaginer les singes, les gros serpents, les mygales, les pandas.... on pouvait enfin se reposer devant le paysage sans le plaindre, et lui inventer des vies loufoques.

On est arrivé à 7 Français (oh le groupe riquiqui!) dans cette maison familiale, perdue dans cette vallée luxuriante et tout de suite j'ai senti un manque qui se comblait. C'est la première fois depuis qu'on est arrivés au Vietnam que j'ai senti qu'on allait se rencontrer vraiment malgré qu'on ne baragouine rien ni d'anglais ni de français ni de Thai ni de Viet, rien.

La table était dressée avec du thé vert goût épinard, Et on s'est lancé des XIN CHAO ! (bonjour) avec des sourires radieux et c'était parti ! On a mangé comme des rois, on a chanté des chansons espagnoles, ils ont applaudi et le doyen à l'oeil crevé a entonné son premier chant traditionnel, repris en choeur par ses acolytes. Trop beau. Et ça chantait, et ça riait et les fûtes qui faisaient des sons de vaches meuglantes sont sorties, et la guitare désaccordée aussi et on s'est échangé des danses et des drôleries... 

Les femmes étaient présentes,vivantes...  elles riaient, pouvaient boire, elles chantaient... elles nous ont montré, de manière amusée, comment bouger nos mains et nos doigts de manière délicate pour danser comme il faut sur le rythme des chants.

Ca nous a fait un bien fou. 

Amélia



Cap sur Pétole !

Le thème de la mer, de la navigation et le titre du spectacle Pétole ! qui signifie l'absence de vent en mer, tout cela nous donne bien des idées... des références de films, de documentaires, de livres, des récits d'aventure. L'objectif de cette rubrique est de vous faire part de nos réflexions sur ce sujet. 
Le deuxième épisode de la rubrique "Cap sur Pétole!" est porté par Olivia. Elle nous présente les aventures de Guirec Soudée qui lui font bien penser à notre aventure à nous. https://www.guirecsoudee.com

Guirec Soudée nous embarque à bord de son bateau « Yvinec » pour nous faire vivre avec lui, et sa poule Monique, ses aventures. Avec la traversée de l'Atlantique en 28 jours d'abord, puis avec l'emprisonnement dans les glaces du Groenland pendant 130 jours, Guinec cherche toujours plus.

Sa volonté de chercher ses limites et de les repousser, c'est ça que l'on recherche dans le clown. Toujours explorer là où l'on est jamais allé, dans la solitude du clown. Un clown seul sur un bateau avec une poule. Beau tableau qui peut-être va naître avec Pétole !

Sincère avec lui même, à l'écoute de ses envies, de ses pulsions, le clown ne fait pas ce qu'on attend de lui. Il fait ce qu'il a envie. Guirec est un clown. Mal à l'aise à Paris, il part faire sa vie sur un bateau au Groenland, rien de plus logique pour un clown. Guirec et Monique sont une belle source d'inspiration pour Pétole ! Et peut-être même qu'on adoptera une petite poule nous aussi !

Olivia

 

Musique et chants

Hmong

 

Lors de son week-end à la campagne, Amélia a de nouveau sorti son enregistreur et elle nous fait partager les chants et la musique qu'elle y a entendu. 



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Be Clown Asie Hebdo n°6
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Commentaires: 3
  • #1

    jef mallet (mercredi, 17 janvier 2018 22:40)

    Sans doute êtes vous déjà au courant mais je ne résiste pas au plaisir de vous annoncer que l'aéroport de Notre Dame des Landes est abandonné ! Comme quoi , ça vaut quand même le coup de battre , 50 ans que ça dure ! les tensions ? Vous avez dit tension ? Mais y a que ça pour avancer !
    Allez , bonne pétole en attendant et merci pour votre page hebdo !

  • #2

    damienne derrreumaux (jeudi, 18 janvier 2018 12:31)

    Quelle richesse d'expériences votre troupe veut bien nous faire partager ! ça fait du bien de vous lire, chaque semaine...

  • #3

    Etienne (La Guinguette à Bicyclette) (samedi, 20 janvier 2018 13:54)

    Trop énorme votre truc !
    Passer d'une aventure à vélo à deux, à un voyage de clown à ... 17 (hein ?), chapeau bas !
    Ou même chapeau haut de forme pour vous, les circassiens !
    Maintenant qu'avec Claire, on est bien au chaud à la maison, j'aime bien vous suivre, c'est comme si un peu on retournait en Asie... mais avec des clowns, trop fou !
    Soline, Charly et toute la clique, courage, accrochez-vous... c'est génial !
    e.