Naufrage

Noël

Noël est finalement arrivé jusqu'à nous... incroyable qu'il ait trouvé sa route ! Trouver le Vietnam, trouver Hanoï, trouver le lac, trouver Vu Linh et finalement tourner à gauche sur la route en ciment, passer le radeau, suivre le chemin, arriver à La Vie Vu Linh. Le son de la trompette a dû l'aider à trouver notre lieu de vie.

On l'avait bien décoré, on s'était fait beau, on avait emballé nos cadeaux. On était ensemble. Alors Noël nous a trouvé.

 

Création

On s'est réveillé le 25, et c'était déjà reparti. Cette semaine, la création a été très intense. Les clowns avaient rendez-vous avec leur petit public chaque soir. Parfois contraints par une consigne, parfois si libres que c'en était vertigineux.

Un soir.

Deux soirs.

Puis trois ; on a commencé à y prendre goût.

 

Mais un soir, il s'est mis à pleuvoir. Une pluie qui stagne au-dessus de vous. Vous menace. Vous envahit. Il a plu sur notre terrasse, il a plu dans notre dortoir.

Il a plu sur le petit théâtre.

Il a beaucoup plu sur le petit théâtre.

 

Et au matin, on a vu la structure se tordre. Les soudures ont tinté comme des verres qu'on entrechoque un soir de fête. C'était dangereux.

Ça ressemblait à un naufrage... Ou à un tremplin !

Alors on a sauvé le matériel. On a abrité les tapis, la sono, les costumes... Et on s'est réuni pour savoir comment on allait s'organiser. 

Le premier jour, on fait des recherches sur le thème de la création, on organise un atelier d'écriture et un atelier chanson.

Le deuxième jour, c'est une expédition clown dans les alentours qui se met en route !

On rebondit !

 

Pétole !

Afin de faciliter la programmation de certaines dates, on a dû trouver, dans l'urgence, un titre pour le futur spectacle. Alors que le thème de la mer, de la navigation, de la pêche, s'était doucement imposé, nous avons finalement choisi  Pétole !

Pétole est un terme de navigation qui parle de ces périodes sans vent, sans mouvement. Certains seraient tentés de parler de calme. Mais non ! Lorsque la météo promet une pétole carabinée, vous pouvez trembler. Rien ne fera avancer votre navire. Si le mot sonne un peu rustre, on a été séduit par la terrible parenthèse qu'ouvre la pétole.

 

 

On vous souhaite bienvenue à bord !

A NOTER : pour lire les fichiers audios, nul besoin créer un compte Soundcloud. Cliquez une première fois sur le lien. Un message d'inscription apparaît. Fermez-le et ré-appuyez sur le lien. La lecture se lance. Bonne écoute !



Tous  les  soirs,  des  clowns !

La consigne, donnée chaque matin, occupait nos clowns pour la journée entière.

Rendez-vous chaque soir pour présenter une création solo d'une durée de 3 à 10 minutes. Il fallait accompagner cette création d'une affiche présentant le numéro.

Voici les témoignages des clowns eux-même... 


Processus de création

 

Charly vous parle du processus de création de cette semaine...

Au programme : création personnelle intense, grand naufrage et expédition !

A NOTER : pour lire les fichiers audios, nul besoin créer un compte Soundcloud. Cliquez une première fois sur le lien. Un message d'inscription apparaît. Fermez-le et ré-appuyez sur le lien. La lecture se lance. Bonne écoute !


se surprendre ?

Ce matin la sentence est tombée : pondre un solo de 3 à 10 minutes, présentation prévue ce soir à 20h. Cerise sur le gâteau, accompagner la présentation d'une affiche de notre réalisation.

Nous partons pour une semaine complète de création, seul(e) sur scène.

 

Et si on apprenait à se surprendre ? L'énergie est à son comble. Je sens revenir le plaisir d'aller trouver ce que j'ai envie de sortir de moi, là, devant vous qui me regardez avec vos yeux attentifs.

 

Tout à coup le besoin de trouver la justesse se pose à moi. Ce que je dirai ce soir ne sera pas si loin de ma réalité.

Parlons communication, « logomachie » Maintenant, place au clown qui tourne le dos aux barrières. Il dira « putain », « ta gueule » comme ça lui chante, il frappera plus ou moins fort. Il est en colère, mon clown est en colère et je ne l'arrête pas.

Demain mon clown voudra être aimé par son public, et après demain il descendra de son trône pour se mettre (à) nu devant eux.

 

Mon clown parle de ses douleurs, de ses doutes ou de ses peurs. Un jour, il parlera aussi de ses joies, se surprendra sur un fou rire, et se laissera aller à la moquerie. Chaque chose en son temps.


Je sors de scène, je suis vidée, l'appétit coupé, bien trop nourrie par ce que je viens de vivre avec moi-même.

Pas si simple de créer, tous les jours, seule sur scène, mais lorsque je trouve la justesse et que mon clown répond présent pour me permettre de m'exprimer, c'est un vrai sentiment de plénitude qui me remplit.

 

A l'intérieur, je remercie le groupe d'être aussi là pour m'offrir cet immense cadeau.


En tutu !

Depuis vendredi dernier, le groupe est entré dans une phase de création intense. Tous les jours, chaque membre de l'équipe plateau doit présenter un solo pour le soir.

Vendredi dernier, le thème c'était la mort, le vide ou l'expérience de solitude sur une île. 

J'ai choisi la mort, tout de suite, comme une évidence.

Depuis le début de l'exploration d'Alix, j'ai senti que quelque chose se jouait entre mon clown et moi. Et cette chose c'était la peur de tuer, la peur de mourir et même peut-être en fond, une angoisse de vie plus fondamentale : l'angoisse que la vie ne soit pas vécue.

Ca doit sembler mystérieux et légèrement mélo pour qui ne connaît pas mon attachement à la créature à qui je prête mon corps depuis quatre ans : Bouchon.

Bouchon, elle a un corps de pâte à chou qui la protège et qui donne de l'ampleur à sa danse du ventre préférée, elle a une voix qui peut faire penser à celle d'un enfant espiègle mais elle peut s'amuser à être vieille, à être bonhomme, à être bête, elle goûte sa vie, vraiment, elle est bien plus libre que je ne le serai jamais. Et puis Bouchon, plus je lui donnerai de la place en moi, plus je lui offrirai mon silence, plus elle sera tout : le clair et l'obscur, l'attachant et le répugnant, le raffiné et le vulgaire, la douceur et la cruauté...

Dans l'exploration guidée par Alix, on m'a suggéré d'explorer Bouchon sans son gros ventre. C'était une première terreur. Bouchon peut-elle vivre sans son gros bidou? Maintenant, je sais que oui, mais que ce n'est pas confortable, que ça lui donne envie de se cacher.

Mardi, le thème qui m'a été suggéré : une danseuse classique sensuelle en tutu.

J'ai tiré la tronche.

J'avais fait un gros travail de reprise de confiance dans la consistance et l'importance de Bouchon grâce à Zineb, notamment, et aux copains de l'équipe.

Alors je me suis sentie ok pour affronter le justaucorps.

 

Mardi soir, j'avais prévu que Bouchon enlève un vêtement après l'autre pour créer son chemin vers le public. Arrivée face au public, elle devait commencer une danse suave dans ses yeux.

 

J'avais appelé ce solo "Epluche-moi si tu m'aimes". 

Arrivée le soir même, Bouchon s'est épluchée, a marché sur ses frusques jusqu'au public et arrivée là, elle a tendu les mains vers lui.

Là, impossible de danser. Bouchon, c'était de la chair à vif, qui brûle, ridicule, un ventre béant. Alors elle qui voulait aimer, elle est partie, honteuse et pleureuse. 

 

Et il paraît qu'un cadeau m'attend au bout de ce chemin. Que la prochaine fois que Bouchon viendra sur scène, elle entrera en dansant déjà, en justaucorps déjà.

Amélia



 Un Noël Canadien : chaque personne a tiré au sort le nom d'une autre personne de la troupe et avait ainsi la mission de lui préparer un cadeau de Noël.

 

Alors voici quelques uns des cadeaux échangés le 24 au soir entre les membres de l'équipe : un couteau fabriqué par Jules pour Sophie, un jeu de tarot dessiné par Alix et offert à Pauline, un jeu inventé et conçu par Juliette pour Soline, ou encore un carnet de voyage encore évolutif relié et dessiné par Pauline pour Jules, etc... 

Un Noël ensoleillé

La journée du dimanche a été comme une journée de printemps. J'ai participé aux ateliers de cirque pour les enfants avec Sophie. Ils sont arrivés peu à peu, on n'aurait pas cru qu'ils viennent si nombreux, on s'est bien amusé ! C'est incroyable de voir ces petits êtres avec tant d'énergie.

 

La suite de la journée fut très ensoleillée, on est allé se balader en petits groupes jusqu'au village de Phuc An. La rencontre avec la vie locale me rend vivante. Je reconnecte avec l'extérieur et cela est aussi nourrissant que la création elle-même. C'est un moment où on se sent vraiment touriste mais avec toujours une bienveillance et un plaisir de découvrir l'autre.

 

En rentrant, le groupe s'affairait à préparer le repas et j'ai mis la main à la pâte pour préparer des rouleaux de printemps de Noël.

A l'heure du diner, nous avons dressé un buffet : des boulettes de légumes et de riz, des makis, des pommes de terre et tout un tas d'autres choses totalement fabuleusement délicieuses.

Au milieu du repas on a ouvert nos cadeaux respectifs. Chacun avait concocté une création personnelle artisanale. C'était un moment très touchant, c'était bon de voir toutes ces têtes joyeuses et dans l'attente de la découverte des cadeaux de chacun. Je me suis sentie entourée d'une famille.

Après cela, la soirée s'est déroulée dans une ambiance familière, avec les bougies qui suintaient et la cire qui rétrécissait au fur et à mesure du temps qui passait...

 

Le lendemain a commencé avec un gros déjeuner, une sorte de brunch, avec la nourriture de la veille et des crêpes pour harmoniser tout ça. Ensuite nous avons repris l'élan de la création...

 

 

Myriam



Nos Visiteurs...

Juste avant Noël nous avons reçu la visite d'Emmanuelle Labrande, le directeur de l'Institut français d'Hanoi. Sensible au projet de Be Clown, il a passé quelques jours de création avec nous. Il a même été le témoin actif du baptême de Pétole !

 

Nous vous laissons avec une image de sa bienveillante présence parmi nous et avec ses mots, qui nous ont tant touchés et qui sont représentatifs de son attention et de sa compréhension du projet. 

Bonjour à toute l'équipe de Be Clown,

 

Etre à vos côtés pendant ces deux jours de décembre, partager votre vie de troupe d'artistes,  être le témoin de votre prochaine création (Pétole!), fut un grand privilège.

Qu'il existe, quelque part au Vietnam, dans un archipel très loin de la grande ville, 17 artistes de France et quelques autres encore, qui vivent une expérience hors du commun autour du clown contemporain et du cirque, et qui se  préparent avec une détermination d'airain, à faire rire et à émouvoir - dans une  tournée à vélo de trois mois -  les villageois et les citadins du Vietnam, du Laos et du Cambodge, donne de l'espoir à tous ceux qui, comme vous, sont prêts à donner beaucoup pour réveiller, grâce au Clown, ces émotions pures et sans concession que la vie journalière (les pédants dirait "la civilisation") a généralement enfouies.

Pour tout cela, je vous remercie.

Et je suis impatient de vous retrouver, au terme de votre tournée indochinoise, à L'Espace - Institut français de Hanoi,  le 5 mai 2018 à 20h!

 

Bien amicalement,

 

Emmanuel LABRANDE

Directeur de l'Institut français de Hanoi,

Attaché culturel

Le ciel nous est tombé sur la tête

Au Vietnam il pleut peu en cette saison, mais peu c'est déjà trop pour notre lieu de travail.

L'eau s'accumule goutte après goutte, le toit nous tombe sur la tête. La voile de plastique qui couvre le bâtiment s'est remplie de plusieurs tonnes d'eau qui pèsent dangereusement sur l'ensemble de la structure.

 

Pourtant ce vent mauvais nous amène un nouveau souffle.

Nous évacuons le navire pour nous réfugier dans le dortoir. Nous sommes sous la charpente comme dans une cale rassurante. La pluie qui coule autour de nous chuchote des histoires de haute mer et se mêle à nos chants de marins.

Le naufrage nous emmène finalement vers de nouveaux horizons. Comme sur un radeau, nous naviguons en suivant nos inspirations.

 

Nous ré-embarquerons bientôt sur un rafiot consolidé, où de drôles de gouttières suspendues au plafond traverseront le théâtre pour prévenir d'une prochaine inondation.

 

Les ouvriers déploient des trésors d'imagination, fidèles à la réputation de ce pays de solutions.

 

Pauline et Adélaïde 



Atelier de cirque - dimanche 24 décembre

Ici c’est Noël et pour tout le monde c’est repos ! Grasse mat’ et petit déjeuner tranquille. Un jour sans horaire, sans stress et sans précipitation. Les projections de ce qui ferait plaisir à chacun vont bon train... Un programme qui se dessine souvent autour de la découverte de cet univers qui nous entoure et auquel chacun s’attelle à y goûter à sa manière. Balade en vélo, visite de la ville de Vu Linh, escapade à la dérobée dans le simple plaisir de rouler et de voir du paysage, de sortir de cette bulle qui nous construit vers notre spectacle mais dont personne ne veut se sentir prisonnier.

 

Et pendant ce temps, je me prépare...

Déjà la veille, en action dans ma tête, pour projeter et surtout inviter les enfants pour ce dimanche matin. L’expérience de dimanche passé m’a fait comprendre que prévoir une semaine à l’avance ne colle pas avec la vie d’ici et les habitudes.

Et oui ! C’était un grand moment de solitude et d’incompréhension pour moi et les filles qui

m’accompagnaient. Toute une semaine pour échanger avec Sam, mais aussi construire une trame de travail propre en ordre avec Manon et Olivia. Avec à la fois des temps de mouvements et d’échauffements partagés, des temps de jeu libre et des temps de découvertes de la jongle et des acrobaties, et en prime, une belle technique pour retenir les prénoms de chacun et créer un premier lien. Nous étions prêtes, mais pas d’enfant à l’horizon ! Alors cette fois-ci, pas de raté !

Je fais une visite furtive à Hoan pour lui confirmer l’atelier à 9h. Avant même que j’ouvre la bouche, il me devance et réaffirme. Je sens que le message est passé...

Myriam sera ma coéquipière d’aujourd’hui. Nous discutons sur la trame de travail en même temps que l’installation. L’heure approche... 9h05, personne. Nous attendons. 9H15 toujours personne...

J’ai l’impression de revivre la semaine dernière et le stress remonte. J’en avais pourtant rêvé toute la nuit. Des enfants partout qui arrivent au théâtre, de tous les âges, et moi qui ne suis pas prête à temps, et qui cours pour arriver avant eux à la structure.

La réalité est dure...

Puis 4 enfants arrivent ! Puis d’autres ! Avec leurs familles, des mamies, des mamans, des papas ! Même les personnes que j’ai invitées moi-même au restaurant la semaine dernière, seront là et ça me fait grand plaisir !! Ils s’installent sur les coussins placés sur les marches et attendent. Je me demande s’ils n’ont pas compris que c’était un spectacle qu’ils venaient voir ! Du coup je me mets à jongler seule pour lancer une dynamique. Ça fonctionne, les enfants investissent le plateau.

Nous tentons de les rassembler une première fois mais ils sont excités et vont dans tous les sens, heureux de jouer avec le matériel de jongle. Ils inventent leurs propres jeux et cela ne ressemble pas forcément à du cirque mais ils rigolent, et pour moi c’est l’essentiel.

Nous finissons par jouer à des jeux chacune de notre côté, embarquant ceux qui le désirent.

Petit à petit les enfants quittent la salle en nous lançant des « au revoir » bras levés ! Les derniers 4 attendront que nous commencions à ranger pour repartir dans leurs vies. Ils seraient bien restés toute la journée ! C’était un beau moment et je me dis que la première base vient d’être posée. Chaque fois je sens un peu plus d’assurance dans ce que je fais et de compréhension dans notre démarche.

 

Sophie



Télécharger
Be Clown Asie Hebdo n°4
Vous pouvez télécharger ce journal en version PDF... pour le lire hors ligne, pour l'imprimer, pour le partager...
J4 PDF.pdf
Document Adobe Acrobat 3.8 MB


Écrire commentaire

Commentaires: 6
  • #1

    Maryse (samedi, 30 décembre 2017 18:43)

    Vous semblez tellement heureux malgrès les problèmes matériels !

    Vous êtes formidable ! Vive la jeunesse du coeur ! Vive l Force qui vous porte ! Que cet an neuf soit pour vous source de Joie ! de Bonheur ! De Vie ! d'Amour !

    Un énorme Bizoux catovien à chacun de vous !

  • #2

    Pieter (lundi, 01 janvier 2018 18:30)

    Une belle et heureuse année à toute l'équipe !
    Merci de partager en images, en texte, en paroles vos aventures, vos réalisations, vos défis et votre plaisir de création :)
    Ca fait tellement plaisir de pouvoir suivre ce projet magnifique !

  • #3

    Alex Vovo (mercredi, 03 janvier 2018 13:38)

    Merci la Cie Be clown de faire vivre nos rêves de collectivités!! Gros Bisous à toi Sophie, je t'espère en belle forme, ils ont raison dans le descriptif, tu es bien une force tranquille.

    Je vais partager le poème d'Alix aux adultes de mon cours de clown hebdomadaires. Ca a vraiment touché mon pitit coeur.

    Une Bonne à Nez à chacun et chacune, pleine de joie, et de respect, de petits et de grands projets, de petites et de belles rencontres.

  • #4

    Robin (frère de Pauline) (vendredi, 05 janvier 2018 09:41)

    Wahou, il est très beau votre chant dans "Pause forcée pas chômée" !!

    Bravo de garder la patate et le sourire malgré la pluie =)
    On a partagé la tempête avec vous.

    Bises !

  • #5

    corine tatie et maraine de myriam (dimanche, 07 janvier 2018 20:53)

    je suis trop contente de pouvoir suivre cette belle aventure.
    merci beaucoup à tous.
    gros bisous à Myriam et contente que ton naturel reprenne vie.........

  • #6

    lucile (mardi, 09 janvier 2018 14:47)

    merci la compagnie de me faire voyager par procuration moi qui suis sur la berge en France.
    J'adorerai vivre une expèrience comme la vôtre !
    Merci pour vos humeurs humours chaleurs humaines créativités et COEURAGE!
    chaud devant