Face au mur

"Vous avez une autorisation pour jouer ici ?"

 

Cette question, on nous la pose régulièrement depuis quelques semaines. Dans les villages laotiens, sur notre deuxième lieu de résidence, dans un café vietnamien... A chaque fois, on s'installe, prépare le terrain, monte la structure, le son, commence à répéter... jusqu'à ce que les policiers interviennent et nous demandent de tout démonter et de quitter les lieux au plus vite. S'entament alors de longues négociations et explications. Il faut dire qu'une compagnie de cirque qui débarque, installe une structure de sept mètres de haut et propose de jouer gratuitement un spectacle pour les gens du coin, ce n'est pas commun en Asie du Sud-Est ! Et ça génère beaucoup d'incompréhension et de craintes... Alors pour éviter tout problème, les autorités nous interdisent de jouer et vont parfois jusqu'à nous raccompagner jusqu'à l'hôtel le plus proche et attendre que tout le monde soit couché pour être sûrs qu'on ne fera rien de dangereux. Surprenant... 

 

Ce n'est pas faute d'avoir essayé de les obtenir, ces autorisations ! Un gros travail a été effectué en amont pour éviter de nous retrouver face à ce genre de situation, mais c'était un travail colossal qui demandait au moins deux ans de démarches pour être sûrs de pouvoir jouer tranquillement n'importe où... Alors on teste directement sur place, on discute, on est aidé par les gens du coin, par ceux qui nous accueillent, et parfois, ça fonctionne ! C'est grâce à l'énorme soutient de Jacques et Won que nous avons finalement pu jouer deux soirs de suite à Champasak pour clôturer notre résidence de quatre jours et proposer aux villageois la nouvelle version de notre Pétole!. Et ça a fait un bien fou !

 

Face à toute cette adversité, nous ne perdons pas espoir et attendons tranquillement à Hoï An que la situation se débloque pour pouvoir enfin honorer notre date au café Les Vagabonds. Demain peut-être !


En route pour le sud du Laos !

Petite carte postale sonore sur les routes du Laos par Amélia...


Au fil du Mékong...

Le Mékong aura été notre compagnon de route tout au long des 1000 kilomètres de notre voyage du nord au sud du Laos. Parti du Tibet à 4800 mètres d’altitude, il a, en traversant la Chine, eu le temps de polir les pierres de son lit et de se charger d’alluvions.

 

A l’arrivée à Luang Prabang, ancienne capitale royale du Lan Xang et aujourd’hui haut lieu spirituel pour tous les bouddhistes, il s’offre entre ses berges pentues. De longs escaliers descendent des temples qui permettront certains soirs de venir déposer de minuscules radeaux transportant une bougie, une offrande, un vœu au fil du courant. Tout comme le bateau  que j'avais envisagé de louer pour nous déplacer au fil de l'eau. Ce, bien avant que Pétole ! n’ait vu le jour. Je rêvais d’une grande barge sur laquelle nous aurions pu vivre, travailler et jouer le spectacle une fois la structure dressée. Devant le coût et l’impossibilité de trouver ce bateau, c’est finalement par la route que nous allons le suivre. De plus ou moins loin, selon la géographie.

 

Arrivée à Vientiane, la berge s’éloigne du fleuve. La concession obtenue par une entreprise chinoise lui permet de recouvrir une large bande sable de béton et d’y construire une ribambelle d’échoppes pour les touristes, et accessoirement de perturber le fleuve. La ville tourne le dos à cette large masse d’eau. Je serais bien resté jusqu’à la saison des pluies pour voir le fleuve se frayer un passage dans ce parcours que des hommes voudraient lui imposer.

 

La mousson va débuter d’ici un peu plus d’un mois. Les montagnes du nord et les plateaux de la rive gauche, à l’est, draineront les eaux qui viendront gonfler le fleuve et inonder et fertiliser les rives. Alors les champs poussiéreux et bruns aujourd’hui, recouverts de paille de riz desséchée, accueilleront une nouvelle récolte de riz vert. Les kilomètres parcourus dans cette campagne ont un goût de désert.

 

Le lit du fleuve est fréquemment un vaste chantier d’extraction de sable. Des dragues sont à l’œuvre pour nourrir Monsieur Béton. Il est symbole de croissance et il en est gourmand. Les maisons restent sur pilotis, mais peu à peu le bois est délaissé du bas jusqu’en haut. Les terrains, pour les plus riches, sont clos de murs aux fresques kitschs et accessibles par un immense portail chromé.

 

Face à  Vientiane, Takhek, ou  Savannakhet, la Thaïlande. Le Mékong, Fleuve frontière que traversent quotidiennement des laotiens. Traversée en bateau ou par le pont de l’amitié à Vientiane. Aucune voile sur ce fleuve, juste quelques barques de pêcheurs et des bacs y naviguent. 

 

Rouler vers le sud, descendre jusqu’à Paksé franchir le pont Lao-japonnais puis s’arrêter à Champasak. Marcher jusqu’à l’eau pour sentir la puissance du courant sur mes jambes. Masse liquide lisse qui sans repère pourrait sembler immobile. Une branche dérivant fait prendre conscience de la vitesse et de la force de ce fleuve. Chaque rencontre avec lui relance l’envie de voyage. L’idée de la barge dérivant refait surface. Le vent qui lève du clapot redonne envie de hisser une voile, de construire une embarcation à fond plat et à voile du type de celles qui naviguent sur la Loire.

 

En route, un arbre majestueux, immense, force à faire une halte à ses cotés. Le baron perché rode dans les parages. Témoin silencieux de la vie du fleuve, dont la force témoigne du rapport qu’il entretient avec lui. Un cycle perpendiculaire. Les pêcheurs en contre bas jettent leurs filets à partir de leurs longues barques effilées. A plus d’un kilomètre au large s’étire l’ile de Dong Deng. Onze kilomètres de sable blanc où j’ai eu le plaisir de rencontrer Yves, qui présente le théâtre d’ombres à Champasak. Dans son jardin poussent du teck, des papayes, des ananas, des mangues, des fruits de la passion . Au réveil, par la fenêtre de ma chambre, un vol d’oiseaux blancs quitte la longue langue de sable.

 

En sortant de Paksé par l’ouest, nous quittons le Mékong pour franchir la Cordillère annamitique et rejoindre Da Nang. Dans quelques semaines nous retrouverons le fleuve dans le delta au sud du Vietnam, à Can Tho.



cinq jours à Champasak

Champasak nous a accueillis entre Mékong et flanc de montagne pour quatre jours de résidence intenses. Nous y avons été accueillis par Jacques et Won, un couple propriétaire d'un hôtel et d'un restaurant au bord du fleuve mythique. Quelque chose d'un peu chic. Il nous ont mis à disposition un terrain qu'ils n'utilisent pas encore. Le terrain de l'ancien directeur du théâtre d'ombre de Champasak. Nous étions sur le sol des premières représentations de ses marionnettes fantastiques et burlesques.

 

Monsieur Saï s'est occupé de nous comme un chef. Monsieur Saï c'était un homme tout petit et tout frêle qui faisait toujours mille choses très fatigantes avec une cigarette allumée au coin des lèvres. C'est lui qui a défriché tout le terrain pour qu'on puisse s'y installer. Il a défriché puis tondu, puis brûlé la verdure. Il nous a ramené un spot, un néon pour qu'on y voit un peu par temps de nuit. Il nous a amené un container plein d'eau pour qu'on se lave les mains et qu'on se rafraîchisse un peu. Il nous a observés avec sympathie toute la semaine. Il a permis à sa fille de six ans de nous tenir compagnie. Il nous a aidé à rendre la vie sur ce terrain confortable et ouverte sur les villageois.

 

Jacques et Won, eux, étaient aux petits soin discrètement. Ayant été inquiétés par les autorités du fait de notre présence, nous n'avons pas eu l'occasion d'une proximité plus grande. Cependant, nous avons savouré cafés et petits plats régulièrement dans leur restaurant et puis, les deux derniers soirs, nous avons reçu la surprise de dîners succulents livrés directement sur le terrain et d'un gâteau époustouflant au litchi et à la banane juste après la représentation... Yves Bernard, lui, nous a donné l'occasion de découvrir la tradition musicale et théâtrale de cette partie du Laos. Nous avons assisté à une représentation du théâtre d'ombre et j'ai été cueillie par la drôlerie des personnages folkloriques qui introduisaient la pièce et par la qualité musicale qui clôturait le spectacle... la musique était vraiment somptueuse et délicate. J'ai regretté de ne pas avoir mon enregistreur, vraiment. Et puis avec Yves, ça a été aussi l'occasion de discuter de ce qui se meurt, culturellement, depuis des décennies de dictature et de "développement". 

 

Non, vraiment, Champasak nous a accueilli comme des rois et nous a permis de reprendre un véritable souffle artistique.


La résidence

Après le départ de Renaud, il devient plus que nécessaire de réécrire le spectacle... La mission : retrouver du plaisir ! Pour cela, direction Champasak, où Charly a trouvé le contact de Jacques, un expatrié belge qui tient avec sa femme un hôtel-restaurant au bord du Mékong. Il nous propose de nous accueillir. Le deal : nous défrichons le terrain, en échange de quoi nous pouvons planter nos tentes et la structure le temps de la résidence.

Après un curry massala exceptionnel chez Jacques, nous allons sur place. Nous rencontrons Monsieur Sai, un employé lao de l'hôtel, qui nous accueille avec un grand sourire, la machette à la main. Surprise, le terrain est prêt ! Monsieur Sai avait déjà tout défriché pour nous. Malgré ce bel accueil, le terrain nous crée quelques inquiétudes. Il s'apparente à un terrain vague en plein cagnard. Les conditions de travail vont être dures dures... 

 

Le rendez vous est donné à 15 heures, ce qui laisse le temps à certains d'aller visiter les ruines du temple de Wat phou, construit par les Khmers. Aujourd'hui, c'est un sanctuaire bouddhiste, où sont pratiquées les fêtes annuelles. "Ça donne envie de croire en Dieu", nous chuchote Pauline, venue nous faire un petit coucou, en admirant la beauté de ce lieu. Nous formons deux équipes. L'une se charge de monter la structure, d'installer le son et de tirer les câbles pour amener l'électricité au terrain. L'autre s'occupe de proposer un nouveau scénario pour le soir. Pour faciliter la réécriture, nous avions en amont demandé à chacun de remplir un questionnaire, permettant de situer les désirs pour la nouvelle écriture et les besoins d'accompagnement dans le travail. A cette matière s'ajoutait à la nouvelle proposition de scénario de Juliette qui s'investira dans la mise en scène pendant cette résidence. Les idées fusent, les couleurs des personnages se peaufinent... Pendant que Charly, Juliette et Amélia narrent l'histoire, Solène dessine scène par scène pour constituer le story-board que nous présenterons le soir même au groupe. Avec tous ces changements, nous aurons besoin d'un nouveau matelot dans l'équipage. Tom accepte le challenge et embarque alors sur le navire avec un mélange d'excitation et d'appréhension. La nouvelle histoire est accueillie avec enthousiasme, et le sentiment que le spectacle prend une tournure plus poétique nous fait du bien. Nous sommes fins prêts, tout est en place côté structure, il ne reste plus qu'à la dresser. Le lendemain, rendez vous à 8 heures 30 pétantes !

 

La première journée consiste à travailler toutes les nouvelles scènes. Une belle énergie, mais en fin de journée la fatigue se fait sentir. On termine par un filage pour avoir une vision globale du spectacle. La deuxième journée est axée sur les solos. Juliette enchaîne les sessions de travail avec chacun en tant que regard extérieur, et on en profite pour caler la musique avec Jules et Anna. Au moment du filage, les choses se compliquent. Solène est clouée au lit, et les conditions de travail se font sentir. Le sol ne permet pas aux acrobates de travailler correctement et le soleil de plomb nous ramollit. Le troisième et le quatrième jour, nous retravaillons scène par scène. Cela permet à Tom d'intégrer son rôle et à chacun d'assimiler les changements. Grande surprise, le chef du village nous apprend que nous pourrons jouer ces deux soirs devant le village. Nous sommes loin d'être prêts et cela semble précipité, mais l'énergie d'un public est toujours bonne à prendre pour travailler en conditions réelles. Pour nous donner du courage, la femme de Jacques nous amène ses spécialités culinaires.

 

Contre toute attente, la soirée est une réussite. Nous sortons de scène soulagés, heureux de nous rendre compte que le nouveau spectacle va nous permettre de réellement prendre du plaisir. La connexion sur le plateau est là. Mais la deuxième représentation est à l’extrême opposé. L'accumulation des quatre jours de résidence et la concentration que cela nous a demandé se ressent sur scène. Les couacs s'enchaînent et le spectacle se termine avec un goût amer. Pas le temps de s’effondrer, la tournée continue et la logistique nous rattrape déjà, demain il faut passer la frontière, alors on vous retrouve au Vietnam, avec notre nouveau Pétole !

Juliette



Retour au Vietnam


Opération vente du tuk tuk !

Fin de la résidence à Champasak, on met le cap sur le Vietnam ! Les motos reprennent la route et s'enfoncent dans les montagnes jusqu'à la frontière tandis que nous remontons à Paksé en équipe réduite. Nos missions : revendre le tuk tuk qui ne passera pas la frontière, et obtenir des visas vietnamiens pour toute l'équipe. On grimpe dans notre bolide pour un dernier trajet, s'arrête en chemin chez un potentiel acheteur très intéressé qui souhaite vérifier des histoires de papiers avant de se lancer, et continue notre route. Mais dix kilomètres avant d'arriver... le moteur se bloque, plus possible d'avancer. Comme une impression de déjà vu...

 

Devenus experts en mécanique, on comprend rapidement qu'il n'y a plus d'huile et qu'on ne repartira pas. On sort la trompette et s'offre un dernier blues du tuk tuk en attendant qu'un pick up accepte de s'arrêter et de nous remorquer jusqu'à notre auberge. Le lendemain matin, un garagiste passe voir la bête et nous propose de faire les réparations en quatre jours, pour 200 euros, ce qui est assez conséquent pour ici. Nos visas expirent deux jours plus tard et nous ne souhaitons plus mettre d'argent dans ce trois roues qui a déjà impliqué pas mal de frais de réparation. Il va donc falloir le vendre en l'état.

 

Entre temps, notre ami intéressé nous rappelle et accepte de le prendre uniquement si nous récupérons des papiers très spécifiques que nous ne possédons pas. Nous cherchons un moyen de recontacter notre vendeur mais n'avons que l'adresse de son garagiste, à Vientiane. Nous hésitons à faire un aller-retour jusque là bas, essayons de missionner quelqu'un sur place... et réalisons finalement que ça s'annonce trop compliqué et que nous n'aurons pas le temps de gérer tout ça en deux jours. Nous nous mettons donc à la recherche de potentiels acheteurs sur place et partons à la rencontre de conducteurs de tuk tuk, dans l'espoir que l'un d'eux soit intéressé par le nôtre. Nous prenons le temps d'expliquer la situation à plusieurs chauffeurs, les amenons sur place, ils réfléchissent, examinent, et nous proposent de le prendre pour seulement... 100 ou 150 dollars ! Après plusieurs tentatives, nous perdons un peu espoir et nous concentrons sur la construction d'une malle qui nous servira à transporter plus facilement notre matériel dans les bus.

 

Le lendemain, nous reprenons nos recherches et parcourons Paksé de tuk tuk en tuk tuk, sans grand succès. Nous tentons de trouver des garages pour le leur proposer, testons au passage un concessionnaire de gros pick up tout neufs histoire de rigoler un coup, et nous nous faisons finalement accoster par un conducteur de tuk tuk qui nous demande où nous allons. On discute avec lui, il semble intéressé et souhaite le voir. Au passage, on récupère son ami mécanicien et on file à l'hôtel. En moins de cinq minutes et quelques coups de clé, le garagiste fait repartir le moteur. Miracle ! Le conducteur nous amène chercher de l'huile, on en remet, il nous demande d'en remettre une deuxième bouteille, nous y ramène... Et voilà notre tuk tuk comme neuf ! 

 

Le chauffeur fait le tour de l'engin, il le regarde, le re-regarde, le teste, et nous propose finalement de le prendre pour... 100 dollars. Vraiment surpris, on refuse. Il s'agace, nous demande de payer les réparations et ses trajets pour venir jusqu'ici et pour aller lui chercher de l'huile deux fois de suite, et commence sérieusement à s'énerver. On finit par le payer, écœurés. Il est 19 heures, notre bus part le lendemain matin à cinq heures, nos visas sont sur le point d'expirer et nous avons toujours un tuk tuk sur les bras. C'est à ce moment-là qu'arrive la responsable de la compagnie de bus avec laquelle nous voyagerons le lendemain matin et qui vient chercher le règlement de notre réservation. On discute cinq minutes avec elle et aborde rapidement notre mission laborieuse. Une demi heure plus tard, la voilà avec les clés du tuk tuk dans une main et le contrat de vente dans l'autre. Entre temps, François réussit tant bien que mal à récupérer nos visas, nous voilà donc prêts à partir !

 

A cinq heures du matin, on attend le bus avec tout notre chargement. Cinq heures dix, cinq heures quinze... et finalement, à cinq heures trente, un mini bus à peine plus grand que notre tuk tuk débarque, déjà rempli d'une quinzaine de personnes. Impossible de rentrer tout notre matériel ! Après quelques arrangements, on monte finalement dedans avec un maximum d'affaires et François, pour qui le visa dure encore quelques jours, reste sur place et chargera le tout dans un autre car le lendemain.  Notre petit bus démarre et file à toute allure vers la frontière où les autres nous attendent pour récupérer leurs passeports. Bon vent à toi cher Cémort !

Le passage de frontière à moto

Le 26 mars, on plie bagages, et c’est cap sur le Vietnam. Nous avons peu de temps pour enquiller les 350 kilomètres qui nous séparent de la frontière, car les visas arrivent à leur fin. On ne prendra pas tous la même route car certains sont à motos, et d’autres en bus.

 

On enfourche nos deux roues, le challenge étant de se retrouver, bus et motos, à la frontière quatre jours plus tard, le temps que François fasse faire les visas avant de quitter Paksé.   

 

Pour le gang de motards que nous sommes, direction Thad Lo, première étape du parcours. On s’enfonce alors dans les plateaux des Bolovens. C’est la région du café, et pourtant celui qu’on y boit reste aussi mauvais qu’ailleurs. Sûrement plus prévu pour l’export que pour la vente locale. Dommage, on continuera à boire du «café pétrole » !

 

Thad Lo, c’est un petit coin de paradis au cœur du Laos. Avec des cascades, une rivière, et deux vieux éléphants, les chaînes aux pieds, que l’on peut divertir en leur offrant les bananes vendues par ceux qui font commerce de ces pauvres bêtes. On y restera deux nuits avant de reprendre la route pour parcourir les 150 kilomètres qu’il nous reste. 

 

La route est belle et montagneuse. Certains ont du mal à faire grimper leurs motos trop chargées. Alors on fait un peu de stop et les pick-up nous déposent en haut des pentes à 12 % avant de retrouver nos motos. Sacré coup de pouce quand le soleil cogne sur le bitume ! 

 

Et puis on arrive à Samoay, dernière étape avant la frontière. Ici la musique résonne partout dans la ville, tellement fort que les graviers sautillent sur le goudron chaud. Il est 17 heures et les gens sont déjà ivres. Même en prenant le large, on entend encore les fausses notes des karaokés qui se superposent. 

 

On dort tant bien que mal, et à huit heures trente, nous arrivons à La Lay Border. Mauvaise nouvelle, François n’a pas pu monter dans le bus faute de place pour la structure. Il est encore à Paksé et prendra le suivant. Les autres nous délivrent nos passeports tamponnés. 

 

Et puis ça y est, on met les pieds sur le sol vietnamien. On est à nouveau capable de lire les panneaux, même si on n’y comprend toujours rien.  L’architecture des maisons change, remplaçant le bois sur pilotis par le parpaing et le béton. On laisse dernière nous « Khop chaï laï laï » et « Sabaidee » pour « Cam on » et « Xin Chao» ! (merci et bonjour)

 

La route est de plus en plus belle et montagneuse. Les derniers kilomètres serpentent entre mer et montagne. On surplombe et c’est vertigineux. 

 

On aperçoit doucement les hauts buildings de Da Nang qui se dessinent dans le ciel brumeux, et c’est au carrefour d’une deux fois quatre voies que l’on arrêtera nos bécanes : nous sommes enfin tous réunis, au Vagabonds Café. 



Vagabonds Café

Le Vagabonds café, un bar, squat, ferme expérimentale, lieu de vie, un peu de tout mélangé. Fait de bric et de broc, de récup' et de vieux bois, il s'agrandit, s'étoffe de jour en jour. C'est Tchung, un jeune vietnamien plein de ressources, qui en bâtit les murs petit à petit au gré de ce qu'il trouve et imagine. De vieilles motos russes plantent le décor de cet îlot d'humanité lové au creux des grosses artères de Da Nang. 

 

A l'arrière, Céline, une française qui vit ici depuis quatre ans, a mis au point un système agricole tout nouveau au Vietnam : l'hydroponie et l'aquaponie. Cette méthode permet aux plantes de pousser directement dans l'eau, alimentée par les déjections des poissons. L'eau est ensuite ré-oxygénée par les plantes elles-même, puis retournée aux poissons. Cette technique agricole peut être un vrai atout lorsque les sols sont appauvris. De l'autre côté, des rangées de tomates et basilic tenues avec soin et délicatesse par les habitants du lieu.

 

Gus, un jeune français, nous accueille de sa voix douce et chaleureuse. C'est lui qui a monté ce lieu avec Tchung il y a trois ans. Nous passons la journée entière à préparer le terrain censé accueillir la structure et le public. On coupe, on taille, on défriche, on aplanit le sol. Gus prépare le lieu pour qu'il soit accueillant pour le public et confortable pour nous. La journée finie, il ne reste plus qu'une heure avant le spectacle. On tente un filage rapide mais notre élan est vite arrêté par la police. Nous ne pourrons pas, après cette longue journée de préparation, jouer notre spectacle, car la structure aérienne leur fait peur... 

 

Toute cette route à travers le Laos et le Vietnam à passer devant des paysages et villages magnifiques sans prendre le temps de s'arrêter pour pouvoir être à temps et jouer Pétole ! samedi n'a plus de sens. Nous sommes tous dépités et ébahis du pouvoir de la police ici. Heureusement, la force du groupe est là et nous commençons la soirée par une jam musicale dansante qui remet du baume au cœur.

 

Merci aux personnes du Vagabonds, Tchung, Myi, Gus, Céline et les autres pour leur acharnement à nous faire jouer dans leur espace de convivialité !

 

Des dates moins spontanées mais plus sûres arrivent bien heureusement dans les semaines à venir, dans des orphelinats et dans la rue, nous allons enfin pouvoir exprimer notre art sans être bâillonnés !



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Be Clown Asie Hebdo n°13
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à dans deux semaines...


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