Pétole,  Ça  se  joue  et  ça  se  vit  !

Il file à toute allure, droit devant, sans s'arrêter. Il fonce, sans prendre de virage ni de détour, puis soudain il s’arrête sans crier gare. Et nous, on roule derrière, on essaye de le rattraper, il se rit de nous. Quand on pense l’avoir enfin devancé, c’est lui qui nous attend. Et quand on s’arrête, il nous pousse, puis il file à nouveau devant nous. Le temps, ce filou ! 

 

Malgré une lutte acharnée pour avancer, "pétole" s’est installé bien confortablement dans notre quotidien, là où on ne l’attendait pas. Et le temps s’accélère au même rythme qu’il nous ralentit. 

 

L’objectif est de trouver des motos et un tuktuk pour nous transporter, puis des autorisations pour jouer dans les villages que nous traversons. Alors on fonce, on mange du bitume, on enquille les kilomètres, dans l'espoir de voir tous nos espoirs se réaliser afin de pouvoir jouer le spectacle à en perdre haleine. Mais le tuk tuk nous ralentit des heures et des jours durant, avec toutes ses pannes, jusqu'à nous immobiliser totalement. Nous voilà coincés en plein milieu du Laos, sans être certains de repartir avec lui ni d'atteindre la frontière à temps... Et quand on en profite pour se pauser et installer le spectacle dans les villages, ce sont les autorités qui nous bloquent, nous musellent. Décrocher des autorisations pour jouer devient alors notre quête du Graal…

 

Une décision s’impose alors à nous, supprimer le Cambodge et axer sur le Vietnam, puisque c'est le seul pays où nous avons pu avoir l'aval du gouvernement  pour jouer sur ses terres (cf. journal n°11 - Dong Mo). Une solution qui nous évite de repartir sur un rythme aussi effréné et destructeur de moral. Dur sacrifice, mais qui offre un grand bol d'air à tous et qui ouvre des portes vers plus de simplicité et de légèreté. Et on en a bien besoin !

 

Le manque de temps et les innombrables bâtons que l'on s'est pris dans les roues ces derniers temps sont des raisons pour lesquelles Renaud, puis Pauline, ont pris la décision de quitter le projet, et de poursuivre le voyage chacun de leur côté.

 

C'est le cœur serré que l'on reprend la route à douze, mais avec un désir commun : faire, une bonne fois pour toutes, un bon pied de nez à cette chère adversité, redoubler d'ingéniosité pour retrouver du plaisir, offrir du rire, du décalé et de la poésie pour ce mois et demi qu'il nous reste !

Anna et Soline


Pétole ! au laos


Découvrez la bande annonce toute neuve du spectacle !

Intervention en hôpital

Charly et Renaud, formés au clown à l'hôpital, se sont rendus à celui pour enfants de Luang Prabang,  

et ont partagé avec eux quelques heures de rigolade et autres courses poursuite entre les lits !

- crédit photo : Florent -

Luang prabang

Arrivés à Luang Prabang, au nord du Laos, nous avons connu deux vies. Celle de notre arrivée, comme les baroudeurs que nous sommes, à porter une structure en métal et des malles de scénographie dans les rues d'une ville endormie, à quêter un dortoir qui accepterait de nous héberger et de stocker notre décor.

 

Et puis il y a celle, trois jours plus tard, où nous sommes accueillis par l'Institut Français. Nous stockons notre bazar dans le débarras de l'école où nous allons jouer. Nous montons la structure toute une matinée, sous les yeux intrigués des passants (les écoles, au Laos, donnent sur les rues), des enfants et des habitants de l'école.

 

Laetitia et Anne-Line, de l'Institut Français, nous avaient concocté un accueil enchanteur. Pendant deux jours et deux nuits, nous avons nagé dans un écrin. Et c'est dans ce confort inespéré, que nous avons joué notre première date de Pétole! sur le sol lao. Cela n'a pas empêché à l'équipe d'être cueillie par le changement soudain de climat. Nous arrivions tout juste de Hanoï où nous avions besoin de gros pulls pour ne pas grelotter. A Luang Prabang, il suffisait d'ouvrir un œil pour transpirer.

 

Une bonne préparation, donc, pour les dates à venir, où il faudra veiller à ce que la gaine du mât chinois ne chauffe pas trop pour pouvoir adhérer aux mains et aux chaussons de son acrobate, où il ne faudra pas oublier les bouteilles d'eau en coulisses, les temps d'échauffement dans des lieux ombragés...

 

Un immense merci de la part de Be Clown, de nous avoir permis de jouer dans des conditions aussi confortables.

Vientiane

Mercredi 7 au soir,  nous jouons pour des laos et des français, petits et grands, dans la cour de l'Institut Français de Vientiane, en présence de Madame l'ambassadrice.

 

Nous commençons à être à l'aise sur le montage de notre structure, sur la mise en place de chacun, celle du décor et des accessoires ; cette fois on a même des petites "chaussettes" fluos pour signaler les obstacles. Ici encore, nous sommes logés et nourris avec amour ; Laurence, notre hôte enthousiaste et dynamique, est curieuse de nous et pleine d'attentions. Après un précieux filage, la représentation se prépare avec beaucoup de concentration. De mon côté, je couds des sardines et des étoiles de mer sur la bâche de la mer pour renforcer l'effet final. 

 

Pour la première fois, nous jouons de nuit, sous des projecteurs multicolores qui font s'arracher leurs cheveux au photographe et au vidéaste. Je prépare la bougie de la lanterne pour la scène d'ouverture... Elle s'enflamme en coulisses quelques minutes plus tard.

 

Le public, relativement francophone, porte les artistes par ses rires, ses silences, ses applaudissements... jusqu'à un débordement de joie et d'enthousiasme des enfants, très nombreux sur les nattes des premiers rangs, qui se jettent sur les poissons volants au moment de la bagarre finale comme quelques jours plus tôt à Luang Prabang. Cette fois, on s'y attendait un peu ! 

 

Tout est bien qui finit bien : nous avons réussi à récupérer toutes nos sardines et la scène de noyade finale est devenue une danse aquatique ! 


Photos prises par l'Institut Français.


La tournée : épisode 2


La vie en route

Le 4 mars, nous quittons Luang Prabang, direction Vientiane où une nouvelle date nous attend. Une partie du groupe se lance à la recherche de motos tandis que nous grimpons dans un bus de nuit avec tout le matériel. Nous traversons les montagnes, bercés par les secousses de notre gros bus sans amortisseur, et le lendemain matin, nous arrivons à la capitale, un peu sonnés par le trajet... Laurence Amigues, directrice déléguée de l'Institut Français du Laos, nous accueille dans les jardins de l'ambassade. Un tarot, un café et c'est parti ! Nous sillonnons la ville à la recherche de notre futur tuk tuk, et le soir même, le voici garé à l'ambassade ! Le reste du groupe nous rejoint le lendemain pour monter la structure et répéter, avant de jouer le 7 au soir.

 

Nous profitons des jours qu'il nous reste à Vientiane pour nous réunir à nouveau afin de réfléchir à notre organisation interne et parlons gouvernance partagée, spontanéité, création et suite de la tournée. Les recherches de motos se poursuivent et Charly et François trouvent même un moyen de faire rapatrier les leurs, coincées à Hanoï. On repeint notre tuk tuk et soude des porte-bagages sur le parking de l'ambassade, on achète des casques, des gants, une petite enceinte... Nous voilà fin prêts !

 

Le 11 au matin, le convoi vrombit et se met en route pour le sud. Seuls Charly et François restent à Vientiane : leurs motos ont été refoulées à la frontière et sont retournées à Hanoï. Ils espèrent en trouver d'autres rapidement pour nous rejoindre. 

 

Chacun avance à son rythme mais le tuk tuk fait des siennes et enchaîne les pannes. On se retrouve le soir-même à Thabok et on décide d'y rester le lendemain pour une petite session garage, pendant que d'autres sortiront leurs clowns et leurs cordes dans le village. Un peu de légèreté !

 

Mardi 13, nous nous remettons en route mais sommes à nouveau ralentis par le tuk tuk qui fait demi-tour et retourne chez le garagiste. Le reste du groupe le suit et nous profitons de ces quelques heures d'attente pour dessiner, jouer de la musique, faire de la couture... En début d'après-midi, on repart... jusqu'à la prochaine panne. Le bolide se fait finalement remorquer jusqu'à Pakxan où Charly et François nous rejoignent avec une moto. On hésite à garder le tuk tuk qui nous empêche d'avancer mais qui nous est indispensable pour transporter tout le matériel. On lui offre finalement une dernière chance, mais il faut repenser la suite de l'itinéraire. C'est avec un gros pincement au cœur mais un énorme soulagement que l'on décide d'annuler le passage au Cambodge et de filer directement au Vietnam. On ré-enfourche nos motos et tuk tuk et roule vers Pakkading puis Takhek sans soucis. Sandrine, pizzaïolo expatriée, nous accueille chaleureusement dans son restaurant et nous invite à y gonfler nos matelas. On s'installe et s'y sent comme chez nous. 

 

Après toutes ces difficultés, le groupe a besoin de retrouver un peu de légèreté et d'enthousiasme. On décide donc ensemble de refaire une résidence de trois jours afin de réadapter le spectacle à huit et d'y retrouver du plaisir. On repère un lieu prêt à nous accueillir à Champasak, et d'ici là, on roule tranquillement et on se rejoint tous les deux jours pour présenter des petites formes libres et des sorties de clowns dans les villages. Avant de reprendre la route, on s'offre une journée de pause à quelques kilomètres de Thakhek, au milieu des montagnes et des rivières. On se baigne, on joue à la pétanque, on fait de l'escalade. Et sur le retour... le tuk tuk nous refait le coup ! Plus très étonnés, on le remorque et il passe la nuit au garage. 

Samedi 17, c'est reparti ! Chacun roule dans son coin, rendez-vous dimanche pour sortir nos clowns !

à la recherche de motos

Maintenant que nous voyageons à moto, il nous faut en trouver ! Et pas n'importe lesquelles car il faut idéalement des automatiques, capables de faire de la route et surtout, surtout, immatriculées au Vietnam, pour qu'elles aient plus de facilités à passer les frontières.  Des motos vietnamiennes au Laos, ce n'est pas si facile, surtout quand on en cherche sept ou huit d'un coup ! Alors, une partie du groupe choisit un bus qui fait étape à Vang Vieng avant d'arriver à Vientiane. Le mal de cœur dans les virages nous enjoint à admirer l'impressionnant paysage montagneux, et le premier plan, constitué d'un troupeau qui traverse la route, d'enfants nus, d'hommes qui savonnent, de dizaines de petites cahutes de bambou, de potagers surélevés, d'une mère qui épouille sa fille.

 

Le trajet est épuisant et nous arrivons enfin à Vang Vieng, un vrai lieu attrape-touriste-qui-l'a-bien-cherché. Nous ne sommes pas là pour ça, mais pour rencontrer les vendeurs qui nous ont mis l'eau à la bouche. Le premier est un désastre, tandis que le second est une bonne pioche pour une paire de motos. Au hasard des rues nous en dénichons une troisième.

 

Manon, Tom et Olivia font chou blanc et filent vite vers Vientiane, tandis que Juliette, Solène, Amélia, Pauline et Laurent, prennent la route à bord de trois motos pour cinq  personnes et leur pile de bagages ! Encore une fois, il faut lâcher du lest, et surtout trouver un garage ou l'on voudrait bien souder des portes bagages. Partout nous sommes refoulés jusqu'à insister intensément et avec confiance auprès de l'un d'entre eux. On négocie, lexique lao à la main et grâce à lui, nous goûtons la liberté de reprendre la route en toute autonomie, à 50 km/heure sur les routes du Laos, au milieu des poules, des vaches, des buffles, des scooters et des camions. Nous inventons les premiers signes de communication à moto.

 

Nos rythmes diffèrent, mais nous nous retrouvons de pause en pause :

- comme celle passée au bord de la route, là où cinq ou six femmes et quelques enfants sont assis sur des nattes, derrière des bananes vertes, des sortes d'anguilles dans des sacs remplis d'eau, des petites chauve-souris brunes, des œufs de fourmis rouges et des rayons de miel pleins de larves, que nous goûtons curieusement. C'est dégoûtant et un peu écœurant. Merveilleux moment d'échange que ces grimaces et ces yeux ronds, ces exclamations et ces rires. 

- comme le dîner dans un restaurant à bière-karaoké

- comme celle où, pour la première fois dans ce pays, une femme me tâte et me retate le fessier avec approbation, les filles font des selfies avec nous, le père nous apprend du vocabulaire à l'aide d'un calendrier.

 

Et puis nous arrivons dans la capitale, garons nos motos près du nouveau tuktuk de la troupe, en selle pour une nouvelle étape de cette tournée. 


Pas si simple...

C’est avec un grand enthousiasme que je reprends les devants pour organiser notre passage au Laos et contacter Vatsanna. Située dans le plateau de Nakai, l’entreprise hydroélectrique nous permettrait de jouer le spectacle dans les villages reculés en pleine campagne laotienne. Nous connectant avec une population plus rurale que celle touchée auparavant à Luang Prabang et Vientiane.

 

On pourrait penser qu’au Laos tout est possible, qu’il suffit de débarquer dans un village pour qu’on nous accepte et qu’on puisse jouer Pétole !. Mais ce n’est pas la réalité. Il est en fait bien difficile et décourageant de courir d’une institution à l’autre en quête d'autorisations nécessaires pour jouer notre spectacle. Après plusieurs échecs à Luang Prabang dans les bureaux des institutions de la culture, je reçois un mail très encourageant de cette femme, Vatsanna, qui me met en contact avec deux hommes, l'un d'eux chargé de récupérer les autorisations auprès des autorités, et l'autre chargé d’organiser notre venue. Tout s’éclaire ! Nous allons enfin pouvoir jouer dans les campagnes.

 

Tout a l’air bien parti. L’homme chargé de notre séjour me propose un programme bien chargé, voire irréalisable au vue de notre matériel scénique : deux spectacles par jour dans des lieux différents. Ça me plaît beaucoup de faire pleins de dates et d’ateliers durant ces quelques jours que nous passerons là-bas, mais je dois organiser en fonction du groupe et de la fatigue de chacun. Alors je propose un programme plus tranquille qui laisse la place à des formes plus légères et spontanées de clown.

 

A la suite de ces échanges fructueux, un précipice. Un précipice qui m’empêche d’avancer, d’aller de l’autre côté. Il est impossible d’obtenir les autorisations. Ce mail annule tout le travail préalable, tous les échanges et les espoirs. Les institutions ont le dernier mot ici.  Je dois annoncer cette nouvelle au groupe, les décevoir, ça me fait peur. A ma grande surprise, ils me soutiennent et ensemble on réfléchit à d’autres possibilités, à toutes les formes que l’on pourrait jouer au long de l’itinérance. Des formes légères (sans matériel), courtes et spontanées, permettant de créer du lien entre et avec les gens. Des liens durables marqués par le souvenir éphémère d’un clown rigolant comme une baleine ou pleurant comme une madeleine.


En tuk tuk Simone !

 

Vientiane, vers midi, sous un ciel de plomb. On erre dans les rues vastes et poussiéreuses, un peu désorientés à la sortie du bus de nuit qui nous a amené depuis Luang Prabang. C'est dans cette dernière, le point de départ de notre aventure laotienne, que nous avons entamé la recherche de nos futurs bolides, parmi lesquels celui qui sera en charge du transport de notre précieux matériel.

 

L'idée du tuk tuk, sorte de grosse moto à trois roues qui transporte marchandises et touristes dans les grandes villes, nous plaît beaucoup depuis un moment. Par sa vitesse lente, qui laisse le paysage et les passants défiler lentement, sa (relative) simplicité de conduite, sa capacité de chargement, et par le côté décalé et improbable qu'il apporte à notre convoi. Les premiers renseignements pris à Luang Prabang ne sont pas très encourageants. On entend, via l'anglais très approximatif des conducteurs de tuk tuk locaux, un peu de tout et de son contraire : quelque part on nous dit que ces véhicules ne peuvent pas sortir des villes, plus loin qu'en fait oui, après que pas sûr... de même que pour le passage de la frontière. Au fil des jours, on commence à se sentir de véritables experts dans les différents modèles, entre les Jumbos, les Skyline, et un autre modèle, dont on ne connait pas le nom mais qui nous plaît beaucoup...

 

On erre donc à Vientiane, découragés par tous ses questionnements et par le peu d'alternatives qui s'offrent à nous. Comme à Luang Prabang, on se laisse alpaguer par les conducteurs de la ville qui nous demandent dans quel quartier ils pourraient nous emmener, on leur répond qu'on va au Cambodge et ils écarquillent les yeux. Peu de temps après, tous sont prêts à céder leur machine, mais à des prix exorbitants ; et quand on leur annonce notre maigre budget, ils se moquent franchement de nous ou s'agacent de notre désinvolture.

Sans plus trop y croire après des dizaines d'échecs, on finit par entrer en contact avec un conducteur qui nous en propose un identique au sien, le modèle de nos rêves, trois fois moins cher que nos propositions précédentes ! On demande à aller le voir et le vendeur nous emmène chez lui (en tuk tuk 

 

 

bien sûr !), à des kilomètres de la capitale.

 

Il est magnifique, et on se prend vite à s'imaginer avaler les bornes dans cet engin rutilant (dans l'âme tout du moins), mi moto mi camion, croisé avec une tortue. C'est décidé, on le prend ! Le vendeur emmène notre nouveau tuk tuk chez son garagiste favori (qui deviendra le nôtre par la suite, avec ses grandes lunettes et son plus grand sourire), qui nettoie le carburateur, installe des clignotants, et change la plaque d'immatriculation pour qu'elle corresponde aux papiers que nous a donné le vendeur...

 

Le lendemain, sous l'action très investie d'Anna, notre tuk tuk est fraîchement repeint et arbore désormais une belle livrée rouge et jaune ! Deux jours plus tard, après quelques réparations (dont un changement de pignon de la boite de vitesse, tout de même), et l'installation de panneaux de contreplaqué en guise de coffre pour protéger le matériel, nous quittons Vientiane vers le sud, au milieu des scooters et des gros 4x4 blancs et chromés qui pullulent ici. La première panne survient 50 kilomètres plus loin, avec des histoires de surchauffe qui me vaudront une belle brûlure au bras, suivie de près par d'autres problèmes. Le moteur ne redémarre pas après un réapprovisionnement en eau pour le radiateur et on reste démunis, au bord de la route, au milieu de rien...

 

Miracle, un garage est là, à 200 mètres ! Il est très vétuste, mais il nous prête une clé à bougie. Notre intuition est bonne, le problème vient de là : l'une d'entre elles est bizarrement cassée, comme "enfoncée" par la pression du cylindre. On les remplace et ça repart ! 60 kilomètres plus loin, la même panne survient, à la tombée de la nuit et à quelques kilomètres seulement de notre point d'arrivée. On peine à trouver une autre clé dans les environs, à remplacer les bougies "neuves" (qui sont dans un triste état) par les moins pires de notre collection grandissante, et à finir la route au ralenti, de nuit, avec un moteur qui pétarade. On arrive tant bien que mal à Thabok, où nous passerons la 

 

journée sur un filetage de bougie arraché sur la culasse, réparé finalement avec un bout de canette trouvé sur la route...

 

Le lendemain, départ au lever du soleil, la route est à nous ! Vingt kilomètres plus loin, demi tour vers le garage de la veille, après un nouveau changement de bougies et un moteur qui hésite franchement à nous laisser continuer sans lui. On ne repartira que vers 15 heures, sous solide escorte des motos du reste du groupe. On avale quelques dizaines de kilomètres, avant de perdre l'embrayage, dans un grand bruit de ferraille. Rien à faire, il faudra attendre la venue d'un petit camion de dépannage pour atteindre Pakxan, quarante kilomètres plus loin.

 

Pour nous, le petit Tuk tuk rouge et jaune qui a pris au fil de ses mésaventures le nom de "Cémort" (parmi d'autres propositions moins avouables) arrive au bout de sa route. On le décharge du camion dans un garage, dégoûtés, avant de retrouver les autres dans une guesthouse pour la nuit. On discute tous ensemble de la suite, de comment transporter le matériel désormais, de la possibilité de le vendre sur place ou de le faire transporter jusqu'à Vientiane, son point de départ. Le lendemain, on retourne au garage sans grande motivation pour faire le point. Et là, miracle, la boîte de vitesse et l'embrayage ont été démontés dans la matinée, le roulement à bille explosé a été remplacé et baigne maintenant dans deux litres d'huile neuve! On le croyait fini, Cémort est prêt à repartir, moyennant 35 euros pour la réparation... Nous repartons donc, à bord de notre infidèle compagnon en direction de Champasak où nous espérons lui dire au revoir au bout de sa mission laotienne (on sait déjà qu'il ne pourra pas quitter le pays). A l'heure où j'écris ces lignes, Cémort est une fois de plus au garage à Thakhek, arrivé hier soir et tracté sur douze kilomètres par un camion (la boîte de vitesse, encore). On devrait repartir vers 15 heures, prêts à donner à Cémort encore un peu de notre énergie et de notre enthousiasme, qui nous portent vaille que vaille au fil de l'histoire de Pétole!



Nos visiteurs


Les parents d'Olivia, contributeurs du projet, sont venus nous rendre visite pour 1 semaine au Laos. Petits portraits par Manon...

Valérie et Dominique

En marchant le long du marché nocturne de Luang prabang, Dominique a posé une main sur mon épaule. Ce fut un geste surprenant et chaleureux. On ne se connaissait pas et je sentais qu'il m'aimait bien. Son autre main était sur l'épaule de Tom et nous marchions tous les trois, doucement, en direction d'un restaurant. Il ne ressemble en rien à mon père, le père d'Olivia. Je me suis dis que c'est beau un père affectueux et démonstratif. A mon retour en France, je prendrais mon papa dans mes bras, longtemps, comme quand j'étais môme.

 

Les parents d'Olivia sont deux contributeurs au financement participatif, invités à venir vivre l'aventure de la tournée avec nous pendant une semaine !

Ils sont arrivés durant un moment transitoire pour le projet, nous abandonnions l'idée de l'itinérance à vélos pour se déplacer en motos, un tuktuk pour déplacer la structure et la scénographie.

 

Cela a entraîné de longues démarches de recherche et de négociation pour les trouver, nos cinq motos et notre tuktuk. Il a fallu aussi repenser notre système de gouvernance pour l'adapter à la tournée. Bref nous n'avons pas accueilli Valérie et Dominique comme nous l’aurions voulu. Peut-être qu'au printemps prochain, nous aurons l'occasion de nous rattraper en France qui sait ...?

 

Marido et Meyer, rencontrés à Vientiane, nous ont chaleureusement accueilli dans leur incroyable maison pour notre réunion gouvernance...

La gouvernance partagée, deuxième mouture

Après une jolie date pour Pétole! à l'Institut Français de Vientiane, nous avons pris deux jours pour repenser notre organisation interne et réadapter la gouvernance partagée mise en place à la Vie Vu Linh en décembre dernier. Notre mode de vie et notre cadre de travail ont radicalement changé depuis notre départ du nord du Vietnam.

 

A la Vie Vu Linh, nous étions sédentaires et nous travaillions et vivions au même endroit tous ensemble, 24h/24 et sept jours sur sept. Cet aspect totalisant nous avait conduit à quelques maladresses dans notre manière de nous organiser et, à Vientiane, après un début d'itinérance, nous étions capables de nous réunir et de réfléchir les choses sereinement.

 

Désormais, la gouvernance partagée se consacrera exclusivement à l'aspect professionnel du projet. Nous maintenons donc un fonctionnement par "cercles" et "rôles" pour la création du spectacle, la communication de la compagnie Be Clown et la diffusion de Pétole !.

Le reste de la vie - l'itinérance, le logement, l'alimentation et les élans créatifs spontanés au cœur des villages - s'organise au jour le jour dans un mode plus auto-gestionnaire.

 

Depuis plus d'une semaine maintenant, le groupe a davantage de clarté sur ce qui relève du travail Be Clown à proprement parlé (et donc de la gouvernance partagée) et sur ce qui relève de la vie personnelle. Cette distinction, qui peut paraître évidente, n'est plus du tout anecdotique pour un groupe si nombreux qui apprend au jour le jour à vivre, à travailler et à rêver ensemble, sans trêve. Et c'est maintenant au fil de la route et des paysages que nous apprenons à ne pas perdre le fil qui nous relie à Pétole ! et à nos désirs un peu fous.


à dans deux semaines...


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Be Clown Asie Hebdo n°12
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