C r o a t i e


Du 15.11.2016 au 07.01.2017


Par Charly

 

C’est donc dans le train que nous quittons la Slovénie, avec ses frontières barbelées anti-migrants, et dans le train que nous arrivons en Croatie. Ces voyages en train me rendent souvent un peu mélancolique, avec ces paysages qui défilent inlassablement. Mais mes rêvasseries seront interrompues par un triple contrôle d’identité ! Et oui, nous quittons l’espace Schengen…

 

Nous arrivons donc à Zagreb, la capitale croate. Là-bas, nous sommes attendus par Jadrenka et Nikola, le couple qui gère l’espace cirque de « Medika », un autre squat, en centre ville de Zagreb. Avoir un lieu pour travailler et pour dormir, en participation libre, est d’une grande valeur, et nous seront toujours accueillis avec beaucoup de chaleur dans ces lieux alternatifs, en pleines capitales. Dans ces pays, ces squats sont reconnus pour amener une diversité culturelle, bien qu’il y ait forcément les pours et les contres, ils survivent assez bien. Ils permettent à beaucoup de jeunes artistes de pouvoir exercer leur art librement. Les graphitis jonchent aussi les murs usés, nos baskets collent sur le sol dans les couloirs, et l’odeur âcre de bière renversée sur le plancher et de pétards dans des espaces sans aération nous envahi les narines. Le soir, il arrive souvent que des musiques électroniques avec des basses puissantes fassent vibrer les murs. La diversité des couleurs et des coupes de cheveux est assez impressionnante, et ferait facilement rougir un arc en ciel. La culture underground ressemble beaucoup à celle de Rog. Après 2 nuits, dans notre salle de répet, qui est fort heureusement propre et sans odeur, on nous prêtera même une chambre dans le squat, ce qui est très pratique. Nous voulons continuer de travailler sur notre spectacle muet, et on répètera tous les jours pendant 2 semaines pour peaufiner le travail engagé à Ljubljana.

 

Ce temps est précieux car on sent que notre spectacle prend du relief et qu’on prend de plus en plus de plaisir dedans, ce qui est très bon signe dans le clown. A la fin de cette résidence, nous aurons d’ailleurs l’opportunité de présenter notre travail au cirque de Zagreb et dans un orphelinat proche avec des retours très encourageants. Nous ferons moins de rencontres à Zagreb, car nous travaillons très souvent à 2, et ne sortons du squat que pour manger.

 

Après ces 2 semaines intenses, on reprendra donc la route avec notre vélo, en direction de l’ouest, pour retrouver Elsa, sur la côte croate. Les températures ont chuté, et notre GPS nous fait passer par des forêts un peu boueuses, qui nous font le plus grand bien ! De l’air, de l’air, de l’air !!! Beaucoup d’ours vivent dans ces contrées, mais aucun ne croisera notre guidon.

 

Autour de Zagreb, les murs des maisons sont très souvent creusés par des impacts de balle. On sent rapidement comment ces impacts sont encore présents, aussi dans les cœurs, tant la peur transparait souvent dans les regards que l’on croise. Il est très difficile pour nous de se faire accueillir dans cette région, et la semaine de trajet qui nous sépare de chez Elsa, nous fera régulièrement dormir dans des hostels bon marché, faute de réponses positives.

 

Vers la fin, les montagnes nous feront régulièrement renouveler la stratégie de la corde attachée à un véhicule qui nous tracte. Cette stratégie est très efficace et nous aide, aussi à passer rapidement les zones de montagnes glaciales en décembre. On aura eu beaucoup de la chance, car juste après notre passage, la route s’est enneigée et aurait été impraticable pour notre vélo.

 

Nous arriverons finalement chez Elsa, début décembre, en entier, qui vit avec Nicola, un clown de 34 ans qui fait des spectacles de rue depuis son adolescence. Il est très précieux pour nous d’entendre les histoires de Nicola, dans la rue, et d’écouter parler Elsa de son expérience avec circo Soluna.

 

Bon, je vous ai caché une chose en écrivant jusqu’à maintenant… Petra et Stephan, les fondateurs de ce cirque en roulottes, quand nous les avons croisé en Slovénie, nous ont invité à passer la saison 2017 avec eux et d’écrire ensemble leur nouveau spectacle. Ce serait de mars à septembre 2017,  ce qui repousserait notre départ en Asie de 7 mois, soit juste après la saison des pluies. Partager une expérience de vie, avec des circassiens expérimentés, ayant des valeurs proches des nôtres, est une grande opportunité. Aussi car nous apprendrons beaucoup, sur comment arriver à l’improviste quelque part pour jouer notre spectacle devant beaucoup de monde, comment avoir des autorisations, aussi pour améliorer notre niveau de clown, apprendre des techniques de cirque.

 

Et ils jouent très souvent, ce qui est primordial pour progresser en clown, avec un rythme d’environ 1 jour de voyage, pour 2-3 jours de spectacle.

 

Ils sont en Hongrie, n’ont pas de téléphone, et la location de voiture est très raisonnable en Croatie en ce moment, du coup, nous sommes partis à leur rencontre mi-décembre, aussi pour voir le campement, les roulottes, leur manière de vivre, échanger, poser des questions et finalement prendre une décision. Et après 3 jours passés ensemble, pas d’hésitation, nous les rejoindrons en mars ! Toutefois prendre une voiture aura été une expérience particulière… Nous réalisons que 2 jours de route nous amènerait en France, ce qui nous crée un sentiment très désagréable, tant le rythme humain, les efforts, les rencontres, les bons et les moments plus difficiles ont eu un sens bien plus profond pour nous que ce que pourrait nous faire vivre la voiture.

 

De retour en Croatie, c’est avec soulagement que nous vivons au rythme de la nature, en caravane, et passerons les fêtes dans ce calme. Nous cuisinons sur un poile à bois, dans des ambiances d’hivers entourés d’animaux de la ferme et c’est agréable. Prochaine étape, un stage de clown début janvier dans le lieu où nous sommes, puis nous partirons en sac à dos 2 mois, direction la Grèce au gré des voitures qui nous prendrons en stop et des rencontres. Le froid est trop exigeant avec le vélo et Soline a un début de tendinite du cycliste, « le syndrome de l’essuie glace » HAHA ! qui demande du repos.

 

Merci de l’attention portée à ces lignes, et on vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année.

T É M O I G N A G E     O R P H E L I N A T


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