B a l k a n s     e n     b a l u c h o n s

Du 08.01.2017 au 04.03.2017


Nous sommes maintenant en 2017. Après avoir passé les fêtes dans la ferme d’Elsa et Nikola en Croatie, dans des ambiances de feu de bois et d’animaux dans la brume, nous sommes rejoint par un couple de français, Amélia et Aurélien, qui ont, eux aussi un projet d’écriture clownesque.

 

On restera 15 jours de plus avec eux, pour échanger, partager, travailler, et aussi suivre le stage de clown donné par Amélia. Un livre l’accompagne pendant ses stages, (Arletti, 20 ans de ravissement de Francois Cervantes) qui sera une grande révélation pour moi, tant la justesse de ses mots nomment des sensations, des perceptions que j’avais vécu sans réussir à les expliquer.

 

Ce livre tombe à point, aussi car 1 mois plus tôt, j’entreprends l’écriture d’un nouveau spectacle en solo, qui me travaillait dans le ventre, pendant ces derniers mois de longues heures de pédalage : Philibert (mon clown) deviendra un géant, mineur de fonds, qui veut inviter le public à boire un café dans sa maison de vieux célibataire endurci. Mais il ne sait pas faire le café…

 

Soline de son côté lutte pour affronter le froid,  fait des réparations sur le vélo, dévore des gros bouquins et profite des animaux de la ferme.

 

Puis vient le moment de partir pour les Balkans, direction les camps de réfugiés d’Athènes, et de laisser notre vélo, seul, en hibernation, pour la première fois depuis notre départ.

 

Amélia et Aurélien nous accompagne sur les premiers kilomètres, et nombre d’aventures nous arriverons dans ces premières journées (voir lien zoom balkans) jusqu’au Montenegro. La proximité des bords de mer nous redonne la sensation désagréable d’être pris pour des portefeuilles sur jambes, mais les paysages grandioses entre mer et terre des fjords de Kotor, nous redonnent un grand coup de pêche !

 

Une fois arrivés en Albanie, le niveau de vie de la population diminue sérieusement (smic de 300 €), ce qui nous fait vivre un dépaysement inattendu. Les ordures étalées sur le sol et dans les rivières sont impressionnantes. Le business du recyclage des poubelles entreprit par leur gouvernement a un coût écologique désastreux, avec des poubelles venant de toute l’Europe, et seulement une petite partie recyclée. Certains appellent ce pays la poubelle de l’Europe.

 

L’histoire de la dictature communiste clôturée il n’y a qu’une trentaine d’années, est un thème encore très présent, tout comme la déception amère suivant l’arrivée du semblant de démocratie européenne, qui n’a rien changé à la pauvreté de la population.

 

Néanmoins, comme souvent dans ces conditions, les gens sont chaleureux, et le peu de touristes présents sur les terres albanaises facilite les rencontres de qualité. Il est étonnant aussi d’observer, que la population d’Albanie a énormément de bon sens pratique pour tout ce qui concerne « le petit maraîchage », l’élevage, la construction, le bricolage…

 

Les stations de bus ont aussi une ambiance particulière : chaque chauffeur crie sa destination jusqu’à ce que son bus soit plein. Puis il arrive souvent qu’il s’arrête au milieu de l’autoroute pour récupérer quelqu’un, quand ce n’est pas parce qu’il tombe en panne, n’hésitant pas à mettre directement les mains dans le moteur … ! Il arrive aussi de croiser une charrette à cheval à contresens sur ces autoroutes, ou encore de traverser un passage en terre.

 

Ce pays aura été celui qui nous a le plus marqué depuis notre départ, par son caractère hors du temps, et le dépaysement qu’il nous fera vivre.

 

Puis nous continuons en stop jusqu’à Athènes, où des milliers de réfugiés arrivent chaque jour… Quelques entrainements pour jouer notre spectacle sans notre cher vélo, et hop direction les camps. On a essayé d’entrer à l’avance en contact avec eux, mais la gestion dans l’urgence rend difficile cette anticipation, alors on va directement frapper à leurs portes. On prendra une bonne semaine pour planifier les dates de nos interventions, et une semaine pour les jouer, dans 6 lieux différents.

 

Les ambiances sont très différentes d’un camp à l’autre, mais ils ont tous en commun d’héberger beaucoup d’enfants, ce qui amène beaucoup de vie et de légèreté. Etre parmi ces enfants nous a secoué, eux qui jouent, rient et sourient toute la journée malgré des situations familiales parfois dramatiques. Comme cet enfant, emmené de Syrie dans l’urgence par sa tante, après la perte de ses 2 parents. Sans nous connaître, ces enfants nous sautent dans les bras, nous parlent, nous coiffent et nous décoiffent…

 

Les femmes, de leur côté, restent souvent à l’intérieur pendant que les hommes partent à la conquête de papiers dans le labyrinthe administratif qui les attend. La plupart d’entre eux ne souhaitent pas rester à Athènes, ce qui rend difficile les projets à long terme dans ces lieux de vie et de passage.

 

Les murs sont souvent usés, l’eau et l’électricité sont aléatoires, tout comme la présence de bénévoles. La plupart de ces « squats-camps » sont situés autour du quartier « Exarchia », le quartier révolutionnaire dans lequel les policiers n’ont que très rarement accès à Athènes. La non-présence de policiers ou de militaires à l’intérieur de ces lieux, amène beaucoup de paix et de sécurité, car la plupart des réfugiés présents n’ont pas de situation en règle.

 

On sera toujours très bien accueillis, et la plupart des réfugiés apprécient la présence d’européens qui s’intéressent à eux.

 

Ces « squats » sont souvent d’anciennes écoles désaffectées, et les enfants passent la plupart de leur temps, dans la cour de récréation avec peu de moments où ils sont pris en charge par des adultes. Jouer notre spectacle pour eux, veut donc aussi dire arriver sur leur « territoire de jeu sans règle» pour les emmener sur la planète de nos clowns, à la fois très proche et très lointaine de leurs univers.

 

Avant de jouer, surement pour nous encourager, la plupart des bénévoles nous disent que ce sera impossible de tenir ces enfants 40 minutes, pendant notre spectacle. On se lance donc l’appréhension au ventre, mais on sera toujours surpris de constater qu’après seulement quelques minutes, les enfants sont scotchés! Seul les moments où certains d’entre eux montent sur scène nous feront suer à grosse goutte car ils veulent tous venir en même temps. On devra toujours quand même jouer le spectacle avec beaucoup d’énergie sans laisser le rythme redescendre! C’est finalement une bonne école pour nous, et notre spectacle rencontrera beaucoup de succès, et jusqu’à sa fin, dans tous les squats visités.

 

Mais ces passages nous feront aussi vivre la frustration de ne pas pouvoir nous investir plus longtemps dans ces lieux, pour ces enfants, avec tellement d’idées simples qui pourraient enrichir leur quotidien. Et notre rendez-vous début mars le cirque nous rattrape…

 

Mon père et Malou, ma belle mère, passeront aussi nous visiter ce qui nous permettra de prendre 3 jours pour visiter Athènes et même 3 îles autour, en nous offrant du confort pour finir cette aventure grecque.

 

Il est très dur de trouver les mots justes, pour ce voyage dans le voyage, tant tout a été vite, trop vite et a été un peu à l’encontre de cette « spiritualité » du voyageur que nous découvrons en chemin. Celle qui nous invite à prendre le temps, pour vivre pleinement le moment présent, en accordant beaucoup d’importance à la rencontre et à la diversité.

 

Tout a donc manqué un peu de couleur, d’odeur, de saveur… Et les trajets en bus ou en stop ne nous font plus vivre les transitions d’un pays à l’autre, et notre rendez vous à venir n’a laissé que très peu de place à ceux que nous n’avions pas encore pris... Tout sonne un peu avec la couleur du « comme prévu » dans notre agenda!

 

Ceci nous confirme tout de même, que, malgré notre inexpérience, le choix de voyager à vélo au gré des rencontres était un excellent choix.

 

On rentrera donc, d’Athènes, direction Thessalonique, pour visiter le café social libre « Micropolis », puis en 4 jours de bus, nous passerons par Skopje, la capitale Macédonienne, Pristina, la capitale du Kosovo, Podgorica, celle du Monténégro, puis Sarajevo et Zagreb. Sarajevo nous a aussi beaucoup marqué, tant par sa richesse culturelle que par la présence encore très marquée de la guerre au sein de cette ville.

 

Il est début mars, nous récupérons notre tandem avec joie, puis partons en Hongrie entre train et vélo, pour finalement arriver à l’heure pour notre rendez vous avec le cirque. Une page se tourne, une autre s’ouvre dans un univers complètement différent !

 

Au milieu des plaines silencieuses hongroises, en plein milieu de nulle part, Stefan, le créateur du cirque, nous attend, avec ses poulets, ses chiens, chats, chèvres, mouton, chevaux, ses canards et ses oies. Le poil à bois nous réchauffe et la douche dans la rivière nous rafraichit… On respire!!!

 

Je reçois en même temps un mail de Leila, notre amie clown, qui organise bientôt un convoi solidaire (+ d’infos ici) vers des squats d’Athènes. Un des squats dans lequel on a joué pour les plus petits enfants, s’est fait évacué avec force et violence ce matin, avec certaines personnes trainées sur le sol, sur ordre de la marionnette Tsipras. Incompréhension, tristesse, injustice…

 

Depuis 2 semaines, de notre côté, nous écrivons le nouveau spectacle avec la troupe du cirque ambulant à roulottes, cirque ayant plus de 20 ans d’histoire. La première représentation sera donnée fin avril, et on vous redonnera des nouvelles pour ce nouveau départ en roulotte !

 

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