A r r i v é e     a u      V i e t n a m


Du 13 septembre au 1er décembre 2017

L’air est chaud, très lourd, très humide, et nous assaillit dès notre premier pas hors de l’avion, comme une douche réglée trop chaude au réveil. Le bruit aigu des moteurs de mobylettes est assourdissant, le mouvement des voyageurs autour de nous est rapide, les taxis insistent pour que nous montions avec eux, et finalement, on s’assoit calmement sur une fontaine devant l’aéroport pour atterrir aussi. Ca y est, nous sommes arrivés au Vietnam… Notre tandem, bien rangé dans son carton nous a suivi et attend tranquillement, naïvement, debout sur son chariot ! On a donc tous survécu à ce vol d’une bonne quinzaine d’heures!

 

On prend finalement un taxi, qui répond « Yes » à toutes nos questions. Notre chauffeur, qui s’appelle donc « Yes » nous emmène à « Yes », certainement un quartier d’Hanoi à « Yes » kilomètres de l’aéroport! Le fleuve rouge qui s’appelle aussi « Yes » est immense, et sa traversée de presque 1 km est impressionnante! Puis nous arrivons enfin à Hanoi, où les mobylettes bourdonnent dans tous les sens, chargés parfois comme des 35 tonnes et donnent une allure de ruche à cette ville.

 

Là bas, une personne de contact nous accueillera pour nos 15 premiers jours sur place en nous louant une chambre, généreusement jusqu’à notre découverte des prix du marché… Un premier rendez vous nous attend le soir même avec le directeur d’une start up, intéressé par notre projet ! Bien qu’on reportera ce rendez vous, le ton est donné, les journées s’annoncent chargées! La climatisation et l’isolation sonore de cette chambre nous permettent d’alterner entre la découverte incroyable de ce nouvel univers très intense et nouveau, et le sentiment d’avoir un lieu dans lequel on se sent dans une bulle protégée. On rencontre donc, Hanoi, en agrandissant doucement notre univers d’exploration, comme le ferait un chat après sa naissance, en commençant par visiter sa boite, puis sa chambre, puis la maison, puis le quartier… Cette méthode douce et progressive, nous permet de digérer, d’intégrer ce qu’on voit, et nous a permis d’apprécier rapidement cette ville et de s’y sentir vite à l’aise. Une transition radicale, c’est aussi le prix de l’avion!

 

Après une semaine, on récupère même une petite moto, qui sera nécessaire pour déplacer nos décors et instruments de musique dans notre projet de cirque à vélo et nous permet déjà de gagner un précieux temps au vu de notre agenda bien rempli. C’est aussi moins étouffant dans Hanoi, qui est une ville extrêmement polluée ce qui rend le vélo très désagréable pour la respiration sur de longues distances quotidiennes. Comme des Vietnamiens, on circule donc dans Hanoi, à dos de 125 semi automatique, en s’adaptant aux méthodes de circulation locales… En effet, un feu rouge ne signifie pas exclusivement de ne pas passer, rouler à droite n’est pas non plus exclusif, un stop est plus une invitation à ralentir si on en ressent le besoin, ici, le clignotant n’est pas vraiment nécessaire, par contre, il faut klaxonner pour montrer qu’on existe! C’est très spécial au début, et en fait, très vivant, un peu comme une mer avec des bancs de poissons qui se croisent constamment. Personne ne roule vite, tout le monde fait attention à qui est devant son guidon, et dans une ambiance plutôt chaotique, le mouvement et le bon sens priment sur les règles. Après 2-3 semaines, ça en devient très agréable, car il n’y a pas de feux rouges tous les 100 mètres, comme dans nos villes européennes, et on se sent toujours en mouvement.

 

Ici la nourriture est saine, très saine, légère et parfumée. Il y a toujours un équilibre de plantes, de légumes,  de bouillon, de riz et de viande dans chaque plat. Parfois le riz, se transforme en vermicelles de riz, en pâte de riz, ou encore en feuille de riz, en ravioli de riz ou en glace… au riz pour changer (si si !!!) ! Les assaisonnements sont légers, loin de la cuisine thaï très épicée plus souvent rencontrée dans les restaurants asiatiques en France. Tout ici est dans des nuances fines d’herbes fraîches et légères, avec énormément de sauces de jus de poisson (Nuoc Mam), affinées pendant des mois pour certaines.

 

Entre les repas, qui au début nous font d’ailleurs visiter régulièrement nos toilettes, rapidement, notre carnet de rendez vous se remplit, sérieusement… Le projet réclame de l’attention et nous met dans un rythme de travail en 2 temps : une fois à l’heure du Vietnam, et ensuite à l’heure de France. Nos journées commencent donc à 9-10h pour les premiers rendez vous ici et se finissent vers 2-3 h du matin, pour les derniers en France. En 2 mois, on doit acheter une moto, démarcher des théatres, comprendre comment fonctionnent les autorisations, apprendre quelques bases de vietnamien, trouver un lieu de résidence de plus de 5m de haut pour 17 personnes avec de quoi dormir, faire construire les structures aériennes, mettre à jour notre compta, préparer le financement participatif, faire une vidéo à distance, améliorer nos dossiers de partenariats et de présentation de projets, coordonner l’équipe de 15 personnes à distance, préparer le processus d’écriture du spectacle, réfléchir à la manière de prise de décision et de gouvernance de l’équipe et j’en oublie... Ah si, après 2 semaines, on va financer aussi la construction d’un batiment de 300 mètres carrés et 7 mètres de haut qui sera prêt début décembre, soit dans… 1 mois et demi! A beaucoup d’égards le Vietnam est plus rapide que nos contrées françaises aussi belles que poussiéreuses administrativement…

 

Mais comment sommes nous arriver à faire construire ce mastodonte digne de l’Opera Garnier en bambou ou presque ? Trouver un lieu de résidence pour écrire notre spectacle nous a fait passer par pleins d’étapes! D’abord on s’est renseigné auprès de connaissances, mais rien… Ici toute l’information circule par Facebook, alors pourquoi pas, je poste une annonce… Premiers feedbacks : ça ne va pas être facile du tout ! Beaucoup d’artistes expatriés s’intéressent à ce qu’on fait, tout en étant clair avec nous, ce qu’on cherche n’existe pas… On rencontre pas mal de monde, d’organisateurs de festivals, d’artistes, effectivement, ce qu’on cherche n’existe vraiment pas ici… J’écris personnellement aux 50 personnes ayant répondu à mon annonce, et il semble qu’un potentiel s’ouvre derrière une des réponses.

 

Un homme se présente à nous, Fredo, propriétaire d’un éco-lieu, capable de loger plus de 150 personnes, qui fait de l’agroforesterie diversifiée et du tourisme communautaire éthique pour une tribu dans une zone en difficulté à qui il fournit du travail décent… Il a vécu dans un cirque à roulottes, et a une grande considération pour le cirque et l’art. Son lieu est magnifique au bord d’un lac sur une île et voici déjà 3 semaines de recherche intense sans résultat… Une question s’offre à nous : « pourquoi ne pas faire construire » ? Cela filera un gros coup de main à ce lieu, à l’éthique qui semble globale et cohérente, en leur offrant un gros bâtiment pour l’accueil d’artistes après notre passage, et nous, on aura un lieu de résidence en Asie pour maintenant et d’autres projets à venir si on veut revenir. Ca permettra aussi à d’autres artistes de venir dans de chouettes conditions. Après 2 semaines de travail, Pouf ! C’est signé ! le bulldozer arrive !

 

Peu de place donc pour la poésie dans notre emploi du temps comme vous le voyez, même si avec du recul, il y en a pas mal dans cette histoire ! Un aspect est néanmoins central, la foi dans le sens de ce projet nous donne beaucoup de force… L’équipe fraichement constituée est aussi un précieux soutien, très précieux, avec un travail énorme et des personnalités qui commencent à se révéler à distance dans une présence de tous les instants. Tout doucement, ils portent de plus en plus et ce projet devient aussi le leur. Tout le monde sera présent avec nous le 28 novembre, c’est bientôt. L’enthousiasme domine !

 

Un immense merci à Renaud, Solène, Adélaïde, François, Olivia, Alix, Sophie, Myriam, Pauline, Manon, Tom, Juliette, Amélia, Anna, Jules pour l’énergie dépensée, et autre immense merci à nos contributeurs qui rendent ce projet possible !