La  densité  d'une  semaine  de  "vide"


Le week-end dernier Lolo (un ami de Be Clown) et le soleil se sont invités à La Vie Vu Linh. L'un comme l'autre ont apporté chaleur, réconfort et légèreté à toute la troupe. Lolo nous a laissé un magnifique souvenir et le soleil est resté toute la semaine ! 

 

PATATRA

On nous dépose sur une île déserte...

Une expérience qui a bien remué tout le monde.

Une expérience vécue à 17. Tous dans le même bateau mais chacun sur son île !

Une expérience qui a donné à penser, à rire et à créer.

 

Et puis le rythme de notre singulière vie ici a repris sa cadence.

Jules s'est enfermé dans son atelier de fortune et s'acharne, sans se plaindre une seconde, sur la structure. Tom a essayé de nous convaincre que son goût pour le piment était incompatible avec ses missions ponctuelles en cuisine. Les clowns ont fait vibrer le petit théâtre des cris de leur solitude, du mouvement de leurs émotions et des étranges rires qui les accompagnent.

 

On ne réalise pas que c'est bientôt Noël. Demain ? Vraiment ?

Bon... il se pourrait tout de même qu'une équipe secrète se charge de préparer un moment festif (et gourmand) pour le 24 au soir.

 

 

Et puis il y a quelqu'un dont je dois encore vous parler ; discrète malgré ses couleurs, Zineb est arrivée la semaine dernière. Elle apporte un accompagnement bienveillant, nourri de riches expériences artistiques, sur le spectacle et le processus de création. Mais vous en apprendrez bien plus dans le journal n°4...

 

Alors, belle lecture et à la semaine prochaine ! 

MERCI

 

Cette vidéo pour remercier les 350 personnes qui ont participé au financement participatif et qui nous permettent de concrétiser le Be Clown Asian Project !



Les îles de nos solitudes


Lundi matin, à l'issue de l'heure commune, de 9 à 10h, nous apprenons que nous allons tous passer une journée seuls sur une île : se confronter à sa solitude, ne rien faire, pas d'échappatoire, nourrir son clown avec son propre vide...

Les membres de l'équipe "plateau" (clowns, musiciens, circassiens) n'ont que quelques minutes pour se préparer un sandwich et hop c'est parti !

L'équipe "technique" (soit ceux qui ne sont pas amener à être sur le plateau pendant le spectacle) doit attendre le lendemain pour vivre l'expérience...

Mais l'idée c'est que tout le monde sera cuisiné à la même sauce.

Le bateau quitte La Vie Vu Linh à 11h.

A l'approche de chaque île, on tire au sort le nom de son naufragé d'un jour.

 

On saute sur la terre ferme, on repousse le bateau et le prochain contact humain devra attendre le coucher du soleil. 



L'île d'Anna

Sur mon île, j'ai réalisé un rêve de môme. Je suis devenue l'aventurière, l'unique survivante d'un naufrage, la débarquée sur un tout petit bout de terre, à laquelle j'aimais tant jouer. Je me suis laissée envahir par cette petite fille, j'ai exploré mon île, pleine de ronces et d'eucalyptus.

Première présence humaine dans cette jungle. La mienne. Très vite, je me sens encombrée par mes vêtements, devenus superficiels. Je les ôte un à un et les suspends dans les arbres. Ca fait des drapeaux. Sur mon île, je retrouve ma féminité. Je deviens celle qui ose se déshabiller, se mettre à nu, se palper, se toucher, se caresser. J'ai besoin de re-sentir mon corps. Je laisse derrière moi cette petite fille, ce souvenir d'enfance, et je me réconcilie avec cette femme. Je danse entre les branches, libérée de mes habits. Je cours dans tous les sens, je saute dans l'eau du lac et nage le plus loin possible sans respirer. Face à mon île, je pleure et ajoute quelques larmes à cette grande étendue d'eau, sans savoir si c'est de bonheur, de peur, de lâcheté...

Sur mon île, je suis libre. Personne pour m'observer, pour me juger. Seulement ces grands arbres qui grimpent vers le ciel, ces oiseaux et ces toutes petites bêtes qui fourmillent à mes pieds. J'enfile mon nez. Ca sent bon l'eucalyptus. Les branches rebondissent quand je tire dessus, elles jouent avec moi. Je grimpe sur un arbre, joue au funambule, me débats dans les ronces, fais craquer les feuilles sous mes pieds. Croutch croutch de la neige qui me fascinait tant petite. Je traverse mon île en ligne droite à travers les troncs. Cinquante pas de diamètre. Tout à coup, je me sens gênée d'être nue, avec uniquement cette petite boule rouge au milieu de mon visage. Je me rhabille et m'allonge, apaisée. Je range mon nez dans ma poche et observe les arbres danser dans le ciel.

Impalpable frontière entre ce clown naissant et cette petite fille enfouie. Sur mon île, je suis un peu perdue. Pourtant elle n'est pas grande. Mais sur mon île, je me sens bien.

Anna

A NOTER : pour lire les fichiers audios, nul besoin créer un compte Soundcloud. Cliquez une première fois sur le lien. Un message d'inscription apparaît. Fermez-le et ré-appuyez sur le lien. La lecture se lance. Bonne écoute !

L'île d'Amélia

A NOTER : pour lire les fichiers audios, nul besoin créer un compte Soundcloud. Cliquez une première fois sur le lien. Un message d'inscription apparaît. Fermez-le et ré-appuyez sur le lien. La lecture se lance. Bonne écoute !

L'île d'Olivia

Lundi, expérience d'une journée seule sur une ile.

La solitude – le vide – seule avec soi.

Sur mon île je divague au soleil qui réchauffe mon corps. Sur mon île une terre sèche couverte de feuilles odorantes. Entourée d'une eau tiède et douce elle est protégée de l'extérieur. Je me baigne tranquille au milieu des arbres, des arbustes.

Qu'est-ce qu'il y a sous mes pieds ? De la terre sèche sur les troncs. Qu'est-ce qu'il y a dessous ? Une sérénité qui m'emporte jusqu'à l'évanouissement, à moitié nue sur la terre drue, ça pique mais ça repose. Je me sens calme et commence à partir loin. Les cimes des arbres dansent avec le vent qui les accompagne.

C'est beau, c'est reposant ce silence, ce chant des arbres. Je ne fais rien de particulier sur mon île, juste un peu d'observation, de contemplation. Un esprit calme mais alerte au moindre bruit. Les bateaux qui passent au loin, les oiseaux qui fouillent dans les feuilles mortes, la petite araignée qui marche sur les feuilles sous mon oreille. J'entends tout. Il y a des sauterelles aussi ici.

La terre humide au bord des berges me recouvre de sa couleur, de sa texture, de son odeur. Je me sens bien mais pas tout à fait libre. Les bruits m'empêchent d'oublier l'extérieur.

Je n'ai rien d'autre à dire. Je suis saoulée là. Je veux juste continuer à être seule.

J'ai l'impression d'avoir loupé ce moment comme si quelque chose m'empêchait de me sentir libre.

Je me sentais un peu comme un enfant qui se laisse aller à l'abandon. 

Olivia



Le processus de création

 

Charly présente, en quelques minutes, le processus de création mis en place ici avec l'équipe plateau.

Nous mettrons en place un rendez-vous hebdomadaire avec lui pour décortiquer la semaine de travail en cours.

Cette semaine, il parle de vide, d'île, de bulle et déjà... on navigue !

A NOTER : pour lire les fichiers audios, nul besoin créer un compte Soundcloud. Cliquez une première fois sur le lien. Un message d'inscription apparaît. Fermez-le et ré-appuyez sur le lien. La lecture se lance. Bonne écoute !



Juliette  et  la  cuisine

Dès son arrivée à Hanoï, Juliette, chargée de la coordination de la cuisine, s'est mise en action. Malgré la fatigue et l'impressionnante agitation de la ville, elle s'est lancée à la recherche de provisions, produits secs ou rares dans la région où nous allions passer les prochains mois.

Imaginez la, avec dans une main une liste de produits traduits par le réceptionniste de l'auberge et dans l'autre une liasse de dongs dont elle n'a pas encore vraiment idée de la valeur. Elle a négocié tous les prix, partant du principe que tout était trop cher... Un million ? Cent-mille ! Dix-mille ?

 

A peine les émotions d'Hanoï digérées, nous débarquions à La Vie Vu Linh où elle découvrait la cuisine dans laquelle elle allait devoir prendre ses quartiers. Mais à ce moment là, la cuisine se réduisait à des plans de travail, deux éviers et un frigo hors d'état de marche qui une fois nettoyé pourrait éventuellement nous servir de placard, le tout recouvert de l'épaisse couche de poussière laissé par les travaux.

Alors que nous nous installions dans le dortoir, elle, elle allait découvrir les habitudes locales en se rendant sur les marchés ou en allant travailler auprès du chef de La Vie Vu Linh. Elle se levait aux aurores pour passer du temps dans sa cuisine : équeuter les herbes, chemiser l'ail et surtout observer la cadence des commandes, les produits utilisés, etc.

Son challenge ? Diversifier! Sinon c'était riz, nouilles de riz, riz soufflé, lait de riz... et en dessert riz au lait !

 


Une fois la cuisine installée, elle a mis en place une organisation pour le quotidien : création d'un planning, établissement de listes pour les commandes... A partir de ce moment là, le groupe est devenu un soutient collectif à la cuisine. Et on a commencé à prendre en charge des repas à tour de rôle. A qui servira le plat le plus original ? Le plus réconfortant ? Le plus français ? Chacun rivalise encore d'ingéniosité pour séduire les papilles de la troupe ! Tout le monde prend du plaisir à manger et à cuisiner.

 

En bons français que nous sommes, le temps du repas reste central dans le rythme de nos journées même si l'absence de vin et de fromage se fait parfois sentir. Mais Noël arrivant, on va mettre les bouchées double et, quoi qu'il en soit, avec Juliette, on est sûrs de se régaler comme jamais !

Adélaïde 

Le tofu grillé et sa sauce des merveilles

D'abord, préparez la sauce avec :
- jus de citron
- sucre 1cc
- sel 1cc
- Nuoc Mam

- sauce soja

- piment frais finement ciselé
- ail frais finement ciselé

Coupez du tofu frais en gros dés, jetez-le dans de l'huile à 170°. Dès que le tofu prend une jolie couleur dorée, égouttez-le. Alors que le tofu est encore brûlant, versez la sauce dessus pour qu'il s'en imprègne. Servez, accompagné d'un bol de coriandre ciselée. 




La prochaine échappée

La Vie Vu Linh où nous vivons est à quatre kilomètres de Vu Linh, village que l'on rejoint en passant sur des tout petits chemins d'argile orange, au milieu des rizières récoltées et humides, en croisant quelques buffles et quelques scooters. A un moment, il faut traverser un bras du lac avec un radeau que l'on tire d'un côté à l'autre. Ensuite on rejoint une piste de béton que l'on suit encore un moment avant d'arriver à la grande route. Ce village est assez petit. On y va chez le garagiste, chez le coiffeur, à l'épicerie, au restaurant, chez la vendeuse de « Ban Mi » - sandwiches viets, et au marché surtout.

Ces moments de sortie de notre lieu de vie sont des bols d'air frais. On a l'impression de descendre de notre colline, de quitter notre île et d'arriver au Vietnam !

 

Pour aller au marché, il faut se lever tôt, comme les locaux, et être de retour avant le premier atelier de la journée. Quand on rentre, on a l'impression d'avoir vécu une journée de plus que ceux qui sont restés. On s'est levés avant le soleil, on a pédalé entre les poules et les chiens, on a traversé le lac, on a été salués par tous les gens qui nous ont vus passer, on a provoqué des gloussements et des sourires, on s'est retourné sur nous dans les allées, on nous a fait de grands signes pour nous inviter à acheter, on nous a vendu un anorak, des bracelets, des fruits, on nous a proposé de trinquer à l'alcool de riz, on nous a servi une soupe de nouilles de riz à la coriandre, des beignets. On m'a aussi claqué les fesses parce qu'elles sont hors format ici : les femmes aiment me les toucher, une fois la surprise passée, je m'en amuse ! On repart vers la maison, où les têtes froissées sortent du dortoir pour aller manger un morceau, cherchant à retenir quelques instants de plus les images de leurs rêves quand nous cherchons à retenir celles de notre escapade.

 

Quand la journée est moins chargée, il est envisageable de s'échapper quelques heures pour se faire couper les cheveux chez le « Ca Toc ». Il ne vous lave les cheveux qu'après les avoir coupés et, allongée, la tête dans le bac il vous gratte la tête toutes griffes dehors pour deux euros.

 

Ou bien on part fabriquer des paniers à crevettes, artisanat local qui est l'apanage des femmes ici. Nous passons un après-midi avec Linh, assises devant sa maison. Il ne reste qu'une semaine avant son accouchement. Toute sa famille vient nous regarder débuter. Linh nous a facilité le travail en tressant la base. Nous n'avons plus qu'à tisser le bambou de plus en plus haut, sans oublier de rajouter le deuxième piège fabriqué par Linh, comme une bouche dont on ne peut plus sortir... mon doigt en fait les frais ! Peu à peu on resserre et on tresse le haut du panier pour tout bloquer. Il nous a fallu deux heures pour en faire un à peu près utilisable, quand Linh nous affirme qu'elle peut en faire soixante par jour ! Les paniers sont aussi un prétexte à passer un après-midi dans une famille : Linh nous raconte des bribes de sa vie et nous fait visiter la pièce principale de la maison. Tout est très simple et contraste avec la magnifique charpente gravée et peinte : dans la grande pièce, deux couchettes de bois pour deux couples, entourées de moustiquaires, un coin salon surplombé d'un autel et une grande armoire, à côté une pièce étroite qui est la chambre des enfants. Dans la cour, deux femmes broient du manioc pour les cochons ; les poules s'en délectent. Nous remercions Linh de nous avoir offert une vraie rencontre. Lors d'une prochaine échappée, nous viendrons rencontrer son nouveau-né.

 

Pauline



Nos Visiteurs


Lolo est un ami.

Il est devenu l'ami des 17 membres de la troupe. A l'origine il est celui de François, qui a vécu à Hanoï.

Il y vit depuis 11 ans.

Il est artiste plasticien, sculpteur, peintre.

 

Il nous a rendu visite les bras chargés de biscuits (au BEURRE) et de bonbons suisses.
Mais surtout il s'est assis sur un fauteuil, face au lac, il a ramassé du fil de fer de ci de là et il nous a construit un mobile de visages. Des visages qui se dessinent, à contre-jour, sur le ciel bleu de cette semaine chaude et vibrante. 



Télécharger
Be Clown Asie Hebdo n°3
Vous pouvez télécharger ce journal en version PDF... pour le lire hors ligne, pour l'imprimer, pour le partager...
Asie Hebdo n°3.pdf
Document Adobe Acrobat 6.7 MB


Commentaires : 7
  • #7

    Cécile (mardi, 26 décembre 2017 22:12)

    Merci de nous faire partager tout cela.
    En me concentrant, je me prends au jeu de la solitude d'une île, quelques heures, je respire les bonnes odeurs de la cuisine de Juliette, j'entends presque les bruits dans l'atelier pour réussir à monter la structure, je vois les clowns danser... J'en prends, encore, chaque semaine!
    Merci pour ces belles images, pleines de couleurs, d'humanité, de vie.
    Merci de nous transporter, quelques moments, loin d'ici.
    Merci Ama de nous permettre d'entendre un peu ta voix!
    Bonnes embrassades à tou-te-s

  • #6

    Domy. (Tatie de Tom) (mardi, 26 décembre 2017 10:51)

    Tout d'abord un joyeux noël à toute l'équipe.
    Merci merci merci de nous faire partager votre aventure humaine c'est tellement bien écrit et narré que j'ai l'impression d'être parmi vous. Me tarde la semaine prochaine pour en lire d'avantage. Toute mon amitié vous accompagne. Une bise en particulier à mon neveu Tom. Prenez soin les uns les autres de vous et continuer à nous émerveiller.

  • #5

    Sandra Rauzet (mardi, 26 décembre 2017 01:00)

    Vous m’emerveillez... Je suis, comment dire, jalouse... oui... jalouse... de n’etre pas assez forte pour vivre vos moments magiques qui ne doivent pas toujours être faciles...
    Merci pour ces moments partagés avec vous...

  • #4

    Nathalie Faure (lundi, 25 décembre 2017 11:06)

    Un Joyeux Noel à tous les aventuriers.
    Merci pour vos cartes postales hebdomadaires qui nous transportent vers vous et nous font partager votre quotidien .
    Une bise spéciale pour Renaud
    Nathalie

  • #3

    Vincent (lundi, 25 décembre 2017 10:00)

    Chapeau bas pour votre belle aventure loin des épicéas des Vosges et des sapins "Nordmann"
    On pense bien à vous et on suit avec délices vos lettres hebdomadaires.
    Des bisous (et un en plus pour Anna)

  • #2

    Sophie (dimanche, 24 décembre 2017)

    Merci, pour, cette beauté, pour l'ailleurs, pour les envies. Merci

  • #1

    Valérie (samedi, 23 décembre 2017 22:15)

    Merci pour ces nouvelles