Nez rouge, soudures et ciel gris


 

Cette semaine, on entre de plain-pied dans le processus de création.

 

La vie en bleu-gris

Le temps a été brumeux, il a fait froid. Dans ces moments là le paysage semble perdre de sa profondeur et les couleurs s'effacent. Les vêtements ne sèchent pas... ils restent, suspendus, importables, tristes.

Alors entrer dans le petit théâtre, sous la lumière jaunie par la bâche du toit et les murs fins, en bambou, c'est s'offrir un peu de couleur, de chaleur.

 

 

Créer et rythmer le quotidien

On commence à s'adapter réellement au climat, à la nourriture, au dortoir à 17, au fait de vivre quasiment toujours en extérieur, aux douches pas toujours chaudes, à la cuisine sans four, sans frigo, sans chocolat... On s'est habitué au groupe, aussi. Personne n'a disparu et pourtant le groupe semble plus petit, il est moins impressionnant. Ces gens sont encore à découvrir mais ce ne sont plus des inconnus.

Les journées passent à une allure folle, elles sont structurées par les repas, les temps de travail dans le petit théâtre, la préparation des repas, le sommeil... Un rythme de travail et d'entrainement se dessine, s'installe.

 

 

Une semaine de construction, de création

Alix a été la référente d'exploration pour les clowns cette semaine. Vu de l'extérieur c'était très curieux : musique furieuse, fatigue, chamboulement. Le soir, on voyait l'équipe sortir du petit théâtre, encore grimée, le nez autour du cou, encore dans l'énergie du jeu ou bien complètement vidés.

 

Mais un autre pôle de l'équipe était aussi en action. La structure, élément primordial du spectacle, occupe énormément Jules, Tom, Pauline et Solène. Il y a urgence, la structure doit être montée, ne serait-ce que pour que Solène puisse reprendre ses entrainements au mât chinois.

 

 

Du fait de l'intensité de ces deux préoccupations, l'équipe, scindée en deux sous groupes à la frontière poreuse, a vu surgir quelques tensions. Grâce à une réactivité impressionnante, nous nous sommes rapidement réunis pour parler de nos problèmes, évitant de laisser des situations se scléroser. Même si ces temps de communication ne sont pas toujours simples, ils sont représentatifs de l'attention et de la bienveillance qui règne dans ce groupe. 

 

 

Adélaïde

 



Une semaine de clown avec Alix


A tous les clowns, de tout le monde

C'est tout un espace vide, et plein d'air, plein de choses qui sont du vide avec de l'air dedans. C'est tout ça mis ensemble sur un plateau de bambou, avec des gens dedans qui mettent un nez et se dandinent sur des bruits de partout, tout ça vivant ensemble qui fait la fenêtre sur le monde. Secouer fort les petits bidons que nous sommes et laisser résonner, éclabousser, éventer le grand chapiteau qui nous embrasse. Vous êtes grands. Vous êtes pleins. Vous êtes plein du vide rempli d'air qui fait ding dong partout  dans le corps. J'aime vous. J'aime vous voir et que y a pas de sens habituel. Vous baillez pas pareil, sur un plateau plein d'air. Je vous regarde pleins de couleurs et je vois. Vois tout doux avec des yeux plus clairs. Quand vous avez la couleur sur la peau, les bras d'orange vêtus, les verts à pois. Pleins de couleurs oui et sauvages et tout comme des passoires qu'on aurait laissé couler l'eau dedans. Vous êtes de vivantes passoires qui peuvent se mettre dans tous les sens, sûr, y aura toujours des petits trous rassemblés tous prêts à se laisser traverser. Ça fait de l'air de boire l'eau qui coule de ça qui git, boire la tête penchée par le dessous et même moi aussi me laisser envahir par les tempêtes que ça cause, les petits bidons secoués. Les petits bidons plein tout remués dans un chapiteau de presque bois. Alors je suis chouette dedans ma poire, j'ai guili guili partout le corps et des tendresses qui se cognent à mes petits nuages qui vont flottants dessus le ciel. Je suis toute ouïe et la lanterne toute éblouie, avec les pieds en avant et les mains elles aussi tendues pleines de vides vers le devant de la terre. C'est tout ouïe toujours partout.

Alix

 

Une interview audio d'Alix, par Amélia : 


La boom des clowns

J’aimerai retranscrire ce qu’il se passe ici. Ouvrir au monde, au public ce que les yeux ne peuvent regarder, car la présence dérange, dans ce lieu immergé dans l’intime, dans ce moment de découverte à soi, de naissance, de trouvaille ou de retrouvaille.

 

Des habits au milieu de la pièce, de la musique à taquet, le nez autour du cou, les clowns s’enivrent et s’immergent dans la musique. Chacun dans sa bulle...

Entrée en matière dans cet après-midi clownesque en musique et première immersion pour moi dans cet espace de création.

Ils se dessapent, en musique et je me gêne de les regarder. Je monte quelques marches des escaliers pour m’écarter et m’éloigner de leur intimité clownesque.

Ça se dandine, ça ondule, ça saute, une boule me prend dans le ventre.

Les acrobates montent en l’air, tête en bas pieds au ciel.

Un habit…, puis un autre… Ils se trémoussent et rentrent dans le rythme.

Tout nu, le premier nez apparaît.

Ça sautille les yeux fermés. Ma boule monte dans mon ventre, j’ai envie de pleurer, de crier. Je rote.

Les yeux se ferment, les cœurs et les corps entrent dans le son. Certains en équilibre, d’autres en contemplation.

les habits prennent possession des corps. Tout leur va. Les choix sont justes et vrais. Je rigole déjà de l’allure exacerbée de ce costume qui n’en est pas un, qui n’en est plus un depuis l’instant même où il a été choisi.

Les clowns se maquillent. Sans visage, sans miroir, ils dessinent leur peau, bercés par la même immersion musicale, par le même rythme du cœur et du corps. La musique raconte une chose différente chez chacun. Le clown s’exprime, instinctif, intuitif.

Chacun son rythme et chacun son état.

Les visages se déforment, les corps se modèlent, la démarche s’ajuste. ils hésitent, ils échangent.

 

Les clowns se réveillent et prennent vie. 

Sophie

Chercher son nez

Le Clown... quelle recherche ? Où je vais ?

Un chemin tortueux pour arriver jusqu’à moi.

Un long chemin à l'arrivée inconnue.

La recherche du « je » authentique dans sa simplicité.

La simplicité d'un être avec ses faiblesses et ses besoins profonds, ses envies enfantines ou impulsives.

Une traversée semée d'embuches, où je pédale parfois dans la farine. Des moments où je ne sais pas ce que je fous là, mêlés à des moments d'écoute intérieure, d'intimité avec moi-même.

Cette découverte de mon univers, de mon enfant intérieur, à travers les émotions, l'écoute attentive des ressentis, des envies, est un grand cadeau. En plus de me permettre d'être plus à l'écoute de ce que je ressens, cette recherche m'aidera à créer un personnage scénique authentique et vivant de vérité.

C'est ce personnage qu'on appelle le clown, mais c'est en fait moi dans ma simplicité, sans filtre et sans tabou.

L'objectif du « lâcher prise » face au regard des autres, à mes peurs, aux habitudes.

Le clown est un poème vivant, corporel. Il transpire de sincérité, de vérité. Mais avant d'arriver jusque là, le chemin est long, voir infini. Mais c'est le chemin le plus important, il n'y a pas d'objectif. L'objectif c'est le chemin lui-même.

Qu'est-ce que je ne ferais pas pour me dépatouiller avec moi-même ! Il faut aussi je trouve le nom de mon clown quand j'en aurais un !

Clownesquement votre,

 

Olivia. 



La Structure aérienne

épisode 1


Ici, quand on parle de "La Structure" c'est pour désigner la construction sur laquelle seront suspendus les agrès aériens des acrobates. Sa solidité est absolument primordiale mais il faut aussi qu'elle soit transportable en vélo ou en moto, qu'elle soit donc démontable, compacte, légère. Et puis son allure donnera le point de départ au décor du spectacle qui se construit.

Jules avait pris en charge l'affaire, bien avant le départ. Il a dessiné des plans, écrit des fiches techniques en français et en anglais. L'idée était qu'on trouve quelqu'un pour la faire faire. Mais... impossible !

Alors, assisté par Tom, il a remué ciel et terre pour trouver les matériaux et les outils adéquates. L'équipe s'est étoffée d'abord de Pauline qui, en tant que scénographe et bricoleuse de l'extrême s'est montrée d'une grande aide. Solène n'est pas non plus restée inactive ; de cette structure dépend sa discipline, le mât chinois. 

La structure était une des priorités de la semaine. Elle a été le vecteur de beaucoup de fatigue et même, parfois, d'un petit décalage entre les priorités de certains membres groupe... 

 

Nous vous raconterons toutes les péripéties dans l'épisode 2... Qui sera sans doute publié dans l'hebdo n'4.

 



Des carnets de voyage

Les petites bêtes mangent pas les grosses...

 

Il n'y a pas que la langue, les fruits et les paysages qui sont exotiques... il y a aussi nos colocataires inhumains. Des petites bêtes pas si petites, des chenilles aux couleurs incroyables ou aux pattes disproportionnées. On se dit qu'une petite rubrique pour vous les présenter serait la bienvenue. 



Atelier de cirque - dimanche 10 décembre

Ma mission : organiser des ateliers de cirque pour les enfants.

 

Arrivée à La Vie Vu Linh le 1er décembre. Je prends le temps de poser mes bagages et mon cœur dans ces nouveaux lieux. Deux jours passent, c’est le moment de mettre du concret dans la construction des ateliers. Je discute avec Fredo, maître des lieux et co-fondateur du théâtre qui se construit dans le but d’accueillir notre résidence. Connaître le rythme des enfants, leurs possibilités, de quelle manière les contacter et les faire venir, les âges, le nombre...etc., beaucoup de questions me brûlent les lèvres. Nous discutons de tout cela tous les deux, et avant son départ, pour quelques semaines, il me mettra en contact avec Sam, un jeune homme de 23 ans qui travaille ici. Il sera mon lien avec les enfants et les familles pour passer le mot aux alentours que des ateliers sont possibles le dimanche matin et pour être là lors du premier contact.

 

Le 10 décembre c’est le premier atelier…

 

Comme le toit du théâtre est en train d’être posé, nous occuperons un terrain encastré entre des dortoirs. La veille j’organise l’endroit et le rends propre. J’observe le lieu et j’imagine… un filet de volley-ball au milieu offre une belle séparation et du linge pendu aux fils un peu partout donne un côté un peu loufoque. Une petite dizaine d’enfants est prévue, tout est prêt. 


Finalement, près de 25 enfants viendront remplir la cour ce matin là. C’est chouette de les voir arriver aussi nombreux et en même temps un peu déconcertant. Quelques parents accompagnent les plus petits et restent pour observer.

Olivia et Manon m’accompagnent. L’une danseuse équilibriste à la corde, la deuxième acrobate et jongleuse. Nous commençons par un joli cercle et l’enjeu sera de retenir les prénoms…

Puis, trois ateliers se forment, d’un côté les balles, de l’autre les massues et enfin les cerceaux. La matinée est placée sous le signe du jonglage. Nous tentons quelques acrobaties, mais le lieu s’y prête mal.

Merci au collectif VTV, passé quelques mois plus tôt, pour avoir laissé à ce lieu cette malle remplie de matériel de cirque. Il nous permet de faire une première approche.

Un joyeux bazar désorganisé ou chacune tente d’installer un moment de jeu, de rire et d’apprentissage.

La matinée se termine par le départ instantané de cette belle équipe, tout à coup appelée par d’autres choses à faire. Leur vie reprend son cours.

 

 

Sophie


Je suis là pour...

J'ai envie de concret et d'action. J'ai envie de clown et de cirque, d’excursions dans la jungle, de visiter le village, de baignades dans ce lac magnifique, de délires débiles, de musiques et de retours à mes habitudes douces.

 

Changer ses habitudes

 

Je crois que je suis venue au Vietnam pour fuir ce qui me déplaît de moi.

Et j'ai l'impression que ça fonctionne.

A la Vie Vu Linh il n'y a pas de miroir ; je me fiche de mon apparence.

Les Vietnamiens aux alentours de Vu Linh sont des gens simples.

Ils vivent sans prévoir, sans rendez-vous, sans mode.

Aussi, mes peurs se sont attenuées, mon habitude de flipper, d'imaginer le pire.

Arrêter de me regarder et d'anticiper.

Etre.

 

La bonne communication

 

A Piste d'Azur, là où je me suis formée au métier d'artiste de cirque, j'ai découvert l'importance de la communication non violente, en groupe.

Pour créer un spectacle à plusieurs, il est indispensable de prendre conscience et d'user de la bonne communication, ensemble.

Il est certain que le groupe auquel j'appartiens aujourd'hui, ici au Vietnam, cherche ça et le réussit bien.

 

Ce que je trouve ici et ce que je suis venue chercher.

 

Avec Alix, la liberté est au centre du travail du clown.

Je peux hurler, dire des gros mots, me mettre (à) nu ou ne rien faire.

Nous cherchons ce qu'il y a de vivant à l'intérieur, selon le moment, comme le dit si souvent Charly.

A partir de l'ennui, place à l'impulsion, à la pulsion.

Ecoute de soi selon la fatigue, l'inspiration, l'envie de gueuler ou de câlins.

 

J'aime profondément l'aspect alternatif de notre projet et la manière de le réaliser.

Je suis libre de travailler ma discipline comme je l'entends, personne ne vient vérifier derrière moi.

 

Voilà ma première expérience de gouvernance partagée, malgré mes nombreuses expériences de vie en communauté.

 

 

 

 

 

 

Je suis là pour

rire, danser, chanter, apprendre,

lire, comprendre et regarder,

écouter, sentir, vivre, et rencontrer.

 

Je suis là pour expérimenter, apprendre à m'ennuyer, à mettre mon nez et pour créer.

 

Je suis là pour défier le voyage à vélo, emportée par la frénésie du nous.

Je suis là parce que c'est sur la route que je me sens vivante, c'est avec les autres que je me rend solide et c'est avec le cirque que j'ai envie d'aimer.

Be clown asian project, c'est une aventure et c'est mon aventure, celle qui remplira encore un peu plus mes valises nomades, pas vraiment prêtes à se poser.

 

 

J'ai l'énergie dans les strating block. Allons y !




Télécharger
Be Clown Asie Hebdo 2 PDF
Vous pouvez télécharger ce journal en version PDF... pour le lire hors ligne, pour l'imprimer, pour le partager...
Asie Hebdo 2 PDF.pdf
Document Adobe Acrobat 5.1 MB


Écrire commentaire

Commentaires: 10
  • #1

    Maman de Charly (lundi, 18 décembre 2017 21:28)

    Votre 1er journal a été lu par quelques patients intéressés par votre projet .... ce sera une jolie surprise le 2eme numéro car certains pensaient que la fréquence d' un hebdo serait lourd à construire .... c'est mal vous connaître.... merci pour les bouffées de bonheur que vous apportez grâce à vos écrits, photos et musique �

  • #2

    Lolotte, soeur de Tom (mardi, 19 décembre 2017 02:01)

    Bonjour à tous,
    J'ai partagée et fais tournée autour de moi.
    Merci pour tout ce que vous nous faite partager.
    Bon courage a vous tous, bisous a Tom.
    Vivement le prochain hebdo.

  • #3

    Naos (mardi, 19 décembre 2017)

    Super de voir l'évolution de ce beau projet! Je pense venir vous voire pour le 31. Des bisous continuer comme ça ! One love!

  • #4

    Didier Vanhoutte (mardi, 19 décembre 2017 09:48)

    Dessine-moi un mouton... Merci, petits princes, pour tous ces moutons, sur la mer ou dans le ciel, que je retrouve dans mon bocal ce matin. Ils viennent d'ailleurs, de votre planète. Mais Diable! C'est la même que la mienne??!! Alors chantons et dansons ensemble...
    DV

  • #5

    Anne-Marie (mère de Pauline) (mardi, 19 décembre 2017 10:22)

    Que c'est beau ! Et que c'est joyeux ! Mais que ça a l'air compliqué parfois !
    Merci de nous envoyer toute cette énergie vivante et ces belles images, dessins et photos.
    A bientôt pour de nouvelles nouvelles !

  • #6

    Jef (papa de Jules) (mardi, 19 décembre 2017 20:05)

    Vraiment adorable de nous raconter si joliment, aussi près de ce que vous vivez , avec tant de franchise, on l'impression qu'une boule rouge nous pousse au bout du nez et qui viendrait de notre intérieur, ou du votre....
    Votre spectacle va être formidable !
    Bon paradis....
    D'ailleurs , le nom de ce paradis,....Vie Vu Linh ..... je lui trouve une consonance écossaise de distillerie de whisky ..... Bizarre, bizarre....
    Bises à tout le monde et à bientôt.
    Ps : Jules y a t'y moyen par mail ?

  • #7

    arlette (maman du laurent de pauline) (mercredi, 20 décembre 2017 19:35)

    c'est un vrai plaisir chaque semaine de partager votre vie à tous , la bas.
    vous etes tous tellement beaux dans cette superbe aventure.
    bonne continuation.
    bisou pariculier à pauline

  • #8

    brigitteprat@hotmail.com (jeudi, 21 décembre 2017 17:32)

    bon courage a vous deux c'est super se que vous faites nous sommes des patients de Isabelle elle nous parle souvent de vous deux elle est très fière de vous .Continuez comme cela embrassez tous les enfants souhaitez leurs un joyeux noël a vous deux aussi passez de bonnes fêtes . Brigitte et Lionel Prat DE Saint Amand EN Puisaye

  • #9

    Etienne Arlettaz- compagne Biclown (Suisse) !!! (vendredi, 22 décembre 2017 13:18)

    Bravo Bravo et encore Bravo ! vous plongez dans l'inconnu pour trouver du nouveau ! ...Plonger dans cette part de poésie qui sommeille en soi mais qui ne se révèle pas sans prise de risque ! Chapeau pour oser ces lâchers prises qui seront certainement les graines de magnifiques choses à vivre à l'avenir, même si c'est très inconfortable ou angoissant ! Vous faite preuve de ces qualités dont on a besoin pour rendre notre monde meilleur, à commencer par soi !
    Merci et encore bravo
    Etienne

  • #10

    Genard Didier (mardi, 26 décembre 2017 13:40)

    Joyeuses fêtes