Et BOUM



L'espace de création


Avant, il y a eu le vertige du départ, les sacs, les au revoir,

Puis on a traversé le monde en un clin d’oeil qui a paru une éternité,

Après, c’était le vacarme d’Hanoï et se rencontrer sans avoir le temps de se voir,

Enfin, il y a la Vie Vu Linh où on prend le temps de se rencontrer, 

de créer des liens et des œuvres.

 

 

Arriver

Ces deux dernières semaines ont été très riches.

Il y a eu le choc de l’arrivée à Hanoï. Les rencontres, l’importance des rencontres.

La fatigue pour tout le monde. Un peu de pression. Beaucoup d’émerveillement.

La richesse de ce projet et de ce pays sautent aux yeux dès les premières heures.

 

Mais à Hanoï c’est aussi la pollution qui saute au nez, le brouhaha des vies et des klaxons, le fourmillement constant. Hanoï est magnifique, et sale, et terrifiante, et fascinante. Fatigante.

Mais elle nous accueille, elle est l’écrin sensible et étouffant de notre rencontre. Enfin on se voit mouvants, vivants. On a quitté nos écrans. La chair, les bras, les peaux, les odeurs, les embrassades. Mais à 17, on a à peine le temps de se parler.

 

Les derniers membres de la troupe sont arrivés mercredi 29 novembre et le 1er
décembre on prenait déjà tous le bus pour La Vie Vu Linh, le lieu de notre résidence pour les deux mois à venir.

 

Se diriger tous ensemble 

Monter tous ensemble dans ce bus et s’extraire d’Hanoï, c’était le début de notre route en commun. Un moment gai et reposant : on pouvait enfin s’entendre et la
musique du groupe a commencé à retentir.

 

L’arrivée à La Vie Vu Linh achève d’effacer totalement le vertige qu’avait pu générer le départ et le décollage. On découvre, émerveillés, le lieu de création, les espaces de vie commune, le dortoir, la vue sur l’immensité du lac...

 

Une première soirée comme une ligne de départ

Ce premier soir à La Vie Vu Linh a été placé sous le signe de la fête.

Avec les constructeurs de l’espace de création, on s’installe sur de grandes nattes, le repas est servi et le jérrican d’alcool de riz ne tarde pas à se vider. On danse, on chante, on baragouine dans un anglais approximatif, on apprend trois mots en langue Dao. On rit, on se jette dans le lac, on se rencontre encore.

 

Les premiers jours ici ont été fragiles. Tant de chose à se dire. Un projet à dessiner. De la fatigue à soigner.

Nous étions tous des bêtes à deux pattes et maintenant on apprend à être une bête à 34 pattes. La nouvelle démarche est chancelante mais les réglages se font avec intelligence et bienveillance.

Alors on prend un peu de temps pour apprendre à vivre si près, pour apprendre à tout faire ensemble: manger, dormir, faire ses lessives...

 

Il faudra qu’on vous raconte aussi Juliette et la cuisine, Jules, Tom et la structure... Le travail commence, parfois invisible, parfois aussi vivant qu’Hanoï. 

 

 

Nous prenons nos marques, nous nous glissons peu à peu dans nos rôles respectifs, nous plongeons dans le Be Clown Asian Project avec émotion. 

 

L'immense structure qui va servir d'espace de répétition et de création à l'équipe des clowns, musiciens et acrobates est la première chose que nous avons vu de La Vie Vu Linh en arrivant par le lac en bateau, émerveillés.

Tom y a fait les premières photos de groupe dignes de ce nom.

 

Aujourd'hui nous ne savons pas encore bien comment appeler cet espace. Fredo, le propriétaire de La Vie Vu Linh, l'appelle le chapiteau. Au sein de l'équipe c'est la structurele petit théâtre, le plateau... On y réfléchit encore ! 

 

Mais le travail y a commencé !

La musique y a raisonné. Les cris, les rires et les chants aussi !




Hanoï


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La terrifiante beauté d'Hanoï

Hanoï m'a frappée. Choquée. Retournée.

Je n'ai été qu'une figurante dans le décor chaotique de cette ville tentaculaire.

Je me suis perdue dans ses rues aux trottoirs étroits sur lesquels on vit, on gare les mobylettes, on mange, on vend, on s'installe.

J'ai levé les yeux sur ses façades, mosaïque de fenêtres de guingois, de verrières fragiles, de balcons accueillants mille plantes vertes.

J'ai entendu une langue inconnue dont l'étrangeté m'a donné le vertige. Et tous ces êtres humains qui abritent, dans leurs bouches et leurs têtes, des mots si différents des miens.

 

Hanoï m'a englobée. Avalée.

J'ai goûté Hanoï et je ne sais pas si je l'ai aimée ou si je n'ai rien reconnu en elle de ce que j'appelle familiarité.

J'ai vu la lumière blanche et duveteuse du ciel par delà la cime des arbres qui peuplent chaque rue.

J'ai goulûment respiré sa pollution pour laisser cette étrangère entrer en moi. Pour faire connaissance.

 

Ce décor, c'est le quotidien de millions d'humains. Le voient-ils encore ?

Demain, quand je poserais de nouveau mes yeux sur Dijon, ses pierres blanches de Bourgogne, ses tuiles vernissées, ses colombages, dans quel film aurais-je l'impression d'être ?

 

Hanoï m'a envoutée.

Le désir d'y retourner est aussi fort que la peur de m'y perdre.

Adélaïde  




LA Vie Vu Linh


 

Entre le lieu lui-même, ses bâtiments, sa faune, sa flore, son équipe, son atmosphère, son lac, ses villages alentours, sa philosophie... Nous aurons mille choses à vous raconter sur ce lieu.

 

Avec Amélia, vous l'entendrez.

Avec les dessinateurs et les photographes, vous le visiterez.

Avec François, vous découvrirez son mouvement et ses paysages. 

Avec ceux qui écrivent, vous entrerez dedans.

 

Aujourd'hui : 

A droite, en haut : une photo de Tom

A droite, en bas : les textes de membres de l'équipe répondant à la question "c'est quoi, pour toi, La Vie Vu Linh?"

Ci-dessous : une carte postale sonore d'Amélia

 

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Le financement participatif est terminé !!

 

342 donateurs

20 050 euros récoltés

Nous sommes heureux et fiers! 

Sans vous le projet n'aurait pas pu exister et prendre cette ampleur.

Notre espace de création n'aurait pas vu le jour.

Nous nous plongeons dans la gestion des contreparties... certains ont même commencé à créer quelques surprises. On construit une solution sérieuse et intelligente pour planter les arbres... Bref on met en marche la machine !

 

 

Si vous voulez encore nous aider, vous pouvez toujours faire des dons sur le site Hello Asso, en cliquant sur le lien ci-dessous. 

Des Carnets de Voyage

Parmi tous les membres de la troupe, plusieurs ont emporté des carnets...

Des petits trésors qu'elles remplissent de mots et d'images. 

Stylos, aquarelles, crayons.

Pauline, Olivia, Juliette et Solène partagent quelques-unes de leurs premières pages :



Faux départ

23 novembre, arrivée des premiers membres de l’équipe, la frénésie commence, je suis prête, ils arrivent enfin ! Tout fuse, s’entrechoque, se bouscule, je suis d’attaque, sur les starting blocks, tout a été pensé, préparé, rêvé, depuis des mois, l’excitation est à son comble. D’abord François, fringuant, puis Pauline arrive, rayonnante, prête elle aussi. 

Dans une course effrénée pour attraper 2-3 affaires avant de sortir sur les chapeaux de roue, mes pensées virevoltant de la France à Hanoi, de la réunion qui suit à l’arrivée des prochains, mon pied percute violemment l’arrête saillante du lit. Le temps s’arrête. Ma course aussi. Une boule amère me remonte le long de l’estomac, jusque dans la gorge. Verdict, orteil fracturé, 3 semaines d’arrêt. D’abord je n’y crois pas, puis je comprends que je ne pourrais pas participer aux premières semaines de clown. Une vague de déception me submerge, seule dans cet hôpital froid et aseptisé, sortie de nulle part, elle m’engloutit. Tout continue de s’agiter autour de moi, rendant mon immobilisation encore plus immobile, je me sens exclue, comme propulsée dans un monde parallèle où je vois tout, mais ne peux plus agir. Et cette question me revient en boucle « Pourquoi ? ». 

Le choc de l’annonce passé, je décide de me reprendre en main et de lutter, ce ne sera pas mon dernier mot, il y a encore trop à faire. Je trouve un moyen pour reprendre la moto en me contorsionnant sur Charly avec mes béquilles, et c’est reparti ! Je vais faire les courses, j’organise, je range, je monte et descends les escaliers, j’accueille, je reprends ce rythme infernal, retour sur les rails. 

J’arrive à duper la vie pendant encore 24 heures, et après une journée bien fournie, elle me donnera perfidement son dernier coup de grâce, avec une arme de choix : la Grippe. Celle qui vous cloue littéralement au lit, vous déprime, vous enlève toute joie et tout espoir. Je me retrouve incapable de bouger, de penser, de parler ou d’écouter. Chaque acte devient un exploit, la lumière du jour est un supplice, les pas des coups de marteaux dans mes tempes, les odeurs de nourriture des persécutions nauséabondes. Je ne demande plus rien, et je me reclus dans mon antre. Tout se passe sans moi, et c’est tant mieux, car je suis une coque sèche et vide, j’ai tout donné, mais je ne l’avais pas vu jusque là, car je n’étais plus. J’étais devenue un agenda, une machine à organiser, un planificateur, un email, une calculatrice, un ordinateur, un téléphone.

 

 

 

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Je vois Charly se démener comme un forcené pour assurer là où je ne suis plus, accueillir l’équipe, courir partout, gérer les derniers éléments, les derniers rendez-vous, les derniers achats. Et je m’enfonce chaque jour un peu plus dans ma culpabilité et ma solitude. La fièvre s’en délecte, et m’emmène dans des recoins sombres de mon esprit, insoupçonnés. Tout perd de son sens, mes choix deviennent des absurdités obscures, des erreurs, le projet une folie impossible. Le doute m’envahit de toute part, j’ai l’impression d’emmener 16 personnes avec moi dans ma perte, ça me terrifie. « On y arrivera jamais ». Mes seuls moments de répit sont le sommeil. Alors je dors, pour oublier. 

Quand tout le monde se réjouit d’une nouvelle aventure qui commence, de l’excitation du nouveau, de la rencontre, des paysages exotiques, je languis pour la première fois depuis le départ ma montagne, ma forêt, les torrents pierreux, le vent dans les branches, les prés et les collines vertes du Sud de la France. J’ai besoin de retomber en enfance, un verre de lait chaud au miel, enveloppée dans un édredon en plume au coin du feu, bichonnée dans le cocon familial de la maisonnée, le froid de l’hiver bien à sa place au dehors. 

Les jours passent, la fièvre aussi, petit à petit je vais mieux et reprends pied, mes peurs et mes doutes me quittent, la présence des autres me fait beaucoup de bien, et je me rends compte de toute la part d’irrationalité hallucinatoire provoquée par la fièvre, comme au réveil d’un cauchemar. Je me rends aussi compte d’avoir franchi ma limite dans l’organisation de ce fabuleux projet, je dois nourrir à nouveau mon foyer intérieur, transformer mes habitudes et surtout ne plus m‘abandonner. Apprendre à me demander toujours « Suis-je encore là, en moi ? ». 

Je suis donc vide et épuisée, mais aussi tiraillée avec l’envie d’être de la partie, ne rien rater, être partout, trouver ma place, tout voir, tout vivre « hé attendez, moi aussi je veux en être, rire et pleurer à vos cotés … ! ». Alors Charly m’a suggéré de prendre des vacances ici, 5 jours où je ne ferais que des choses pour moi, sans attentes, déconnectée et sans pression liée au projet. Le groupe m’offre un temps de répit. Un pétale doux se dépose en moi, je souffle enfin et peux écouter à nouveau, autour de moi, et en moi. Ne m’attendez pas, je suis là.

 

 

Soline

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Je suis là pour...

En début de semaine nous nous sommes beaucoup assis tous ensemble : pour échanger des informations, exprimer nos émotions, nos envies... 

 

Un matin, Charly nous a proposé de poser sur le papier les raisons profondes de notre présence ici. Alix et Pauline ont accepté de partager ici le fruit de cet atelier. 

J'appelle à nous l'énergie du spontané, de la folie, du déjanté sans limites, sorti des routes !

 

J'appelle le dépassement, la tendresse pure, les colères assumées face à tous!

J'appelle à nous la pleine liberté, la danse profonde qui fait sortir toutes nos bizarreries sacrées !

 

Tout lâcher !

Tout re-convoquer !

 

Je rêve avec vous ici d'une putain de bonne vague qui fait s'emmêler nos cheveux !

D'une descente à vélo en grande vitesse pour hurler à la lune !

D'avoir des couleurs plein la gueule, se regarder droit dans les yeux, et pleurer !

De sentir du vivant dans notre quotidien, des rires ! 

Faire des bêtises comme des mômes,
s'en mettre plein les yeux,
se baigner dans la boue, les eaux, les herbes !

 

Nous voir nous autoriser à être cons, à être sales, à être impolis, bourrés d'amour, ivres de joie, remplis de "OUI"!

Nous voir ainsi vrais, grands, libres, vivants, beaux, complets et mouvants, toujours mouvants !

 

J'appelle notre complétude, notre vérité à chacun, notre art d'être ensemble, notre pouvoir de créer et sortir de nos cellules !

Mon rêve, oui, serait de laisser toute la place à la vie, parce que y a rien de grave, tout ça c'est du jeu, comme de l'eau qui coule...

Je suis ici parce qu'il est question de culture et de milieu rural. Echo très fort sur les questions de partage à 17 mais surtout avec les gens rencontrés. Envie de découvrir leur vie, leur réalité. 

Je suis là pour me faire du bien. Folie du projet. 

Itinérance. Liberté. Exploration. 

Je suis là pour partager un rêve. 

Ça touche très fort à l'enfance. Aux origines. 

 

Je suis là pour découvrir de nouvelles couleurs.

Je suis là pour comprendre. 

Je suis là pour me remplir et me vider. 

Je suis la pour me découvrir. 

Je suis là pour pleurer.

Je suis là pour respirer.

 

Envie de poésie, de rires et d'émotions de toutes sortes, de lenteur. 

Je suis là pour accoucher, pour faire la paix. 

J'aime la fragilité, la précarité, la douceur, le mouvement de notre aventure.

Je suis là pour proposer et pour relier. 

Je suis là pour faire advenir l'impossible et l'évident.

Je suis là pour oublier, pour englober, pour réunir, pour conforter.

Je suis là pour donner et recevoir. 

 

J'aime notre sincérité, notre évidence, notre abandon, notre confiance, notre largage d'amarres, notre envie, notre amour, notre joie, notre enthousiasme, notre foi, notre douceur, notre courage, notre chemin, notre écoute, notre don, notre bouillonnement, nos peurs, nos certitudes, nos doutes, notre fragilité, notre éphémérité, nos couleurs, notre profondeur, notre lumière, notre famille.

 

Je suis là pour semer des graines et les arroser. 

 

Je suis ici pour jouer, comme des enfants, créer des mondes avec des détails. Je suis ici pour offrir et ouvrir des univers avec quelques images. Je suis ici car ça excite mon imaginaire. 

 

J'ai envie de susciter la surprise, l'excitation, l'enthousiasme. J'aimerais faire des étincelles. 

J'aimerais m'offrir comme miroir.

- comme souris, comme fourmi, comme grand-mère ou enfant.

- comme potière, comme architecte, comme teinturière.

- comme de l'eau.

- comme une plante grimpant sur une façade.

- comme de la térébenthine sur des couleurs.

 

Amélia nous fait vivre la première balade du groupe en dehors de La Vie Vu Linh... 




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Commentaires: 5
  • #1

    Nadine Cormery (lundi, 11 décembre 2017 07:13)

    Bonjour à tous,
    J'espère que vous allez tous bien. Merci pour tous ces messages audio, écrits, dessinés.
    Merci de nous partager votre aventure avec autant d'authenticité et de sensibilité.
    Belle semaine à vous.
    Lundi 11/ 12 7h vent, pluie et tempête sur la Touraine.
    Bises à tous

  • #2

    annie arqullière (mardi, 12 décembre 2017 22:02)

    Bonjour les amoureux de la vie!
    ça fait du bien de vous voir, de vous lire..., de voir toutes ces étoiles dans vos yeux...
    vous avez l'air si heureux, et avec une telle envie de partage...
    ... la vie comme elle devrait être ... toujours ...
    Je vous embrasse!!

  • #3

    LEBLANC ISABELLE (mercredi, 13 décembre 2017 21:05)

    A la veille des fêtes de Noël surfaites et superficielles dans la grisaille hivernale, quel bonheur de vous lire, vous entendre, d'admirer vos photos et dessins....
    Merci pour votre joie de vivre communicative
    Je vous embrasse tous mais plus tendrement pour Charly et Soline.

  • #4

    Sylvie Gourvil, la maman de Manon. (jeudi, 21 décembre 2017 11:13)

    Merci de nous tenir informer du projet et de nous permettre d'avoir des nouvelles d'un proche et de vous tous.
    Le texte de Soline m'a beaucoup touché. Elle décrit très bien sa solitude, ses doutes face à sa situation de fragilité, suite à son accident et sa grippe. Elle nous met face à notre humanité, nos peurs, nos angoisses, nos envies, nos désirs, nos doutes, nos espoirs, nos désespoirs, etc ... bref notre " bipolarité".
    Très, très belle création et merci de nous faire voyager

  • #5

    Antoine Dodrimont (samedi, 20 janvier 2018 23:50)

    Je sais le Vietnam envoûtant. Je sais aussi que ce pays a beaucoup souffert au siècle dernier.
    Apportez lui tout ce que vous pouvez en donnant le meilleur de vous-même.
    Je vous souhaite une très bonne année et bon rétablissement à Soline.